dimanche 10 avril 2016

Paris invite le monde : Chinoiserie et japonisme


Lanterne japonaise, quai de Grenelle, XVe arrondissement.

Tout comme l’Égypte, l'attirance envers l'Asie et plus particulièrement le Japon et la Chine devient un phénomène de mode dès la seconde moitié du XIXe siècle. A Paris, cette attirance va s'exprimer à travers l'architecture.

Lanternes japonaises

Il n'est pas rare de croiser des lanternes japonaises à Paris comme celle du quai de Grenelle (photo ci-dessus). D'après le site de la Mairie de Paris, cette lanterne serait un don de la ville de Kyoto en 2000. L'emplacement n'est pas anodin car cette lanterne est située à proximité d'un ancien hôtel qui hébergeait autrefois le personnel de la Japan Airlines.


Lanterne du Parc Monceau VIIIe arrondissement
En vous promenant au parc Monceau, vous trouverez une lanterne très ancienne. Selon la plaque de pierre installée tout près de celle-ci, cette œuvre daterait de 1786. Cette lanterne a été installée au parc Monceau en 1982 pour symboliser l'amitié entre la ville de Tokyo et de Paris.

Ces deux lanternes (il y en a d'autres) nous montrent que l'orientalisme asiatique nous intéresse encore aujourd'hui.

Lieux de plaisirs

Le Bataclan

Le Bataclan, 50, boulevard Voltaire, XIe arrondissement

Érigé en 1864, Le Bataclan est avant tout une salle de music hall avant de devenir un cinéma dans les années 1920. Pour cette partie, je me suis inspirée du site officiel du Bataclan — que j'ai pu visualiser avant le drame du 13 novembre 2015 — de la page Wikipedia et de la base Mérimée.

Son décor chinois est l’œuvre de Charles Duval. La salle de spectacle est alors baptisée « Le grand café chinois-théâtre Bataclan ». L'implantation de cette salle destinée à divertir est contemporaine de la création de nombreuses salles de spectacles des Grands boulevards sous le Second Empire. Au Bataclan, on boit, on joue au billard et on assiste à des concerts. De part son décor et de sa fonction, on peut dire que cette salle est typique de son époque.

Détail de la façade
La base Mérimée nous apprend que cette façade est la seule salle de spectacle érigée par Charles Duval que l'on peut admirer encore aujourd'hui. Enfin, cette façade classée monument historique est actuellement en restauration.

La Villa Frochot

Façade de la villa Frochot, 2, rue Frochot, IXe arrondissement
Autre lieu de plaisir, la villa Frochot ne peut qu'attirer votre regard. Située à quelques pas du quartier de Pigalle, cette salle de réception a longtemps été un cabaret érotique appelé « Le Shanghaï » avant de se transformer en théâtre puis en cercle de poker… Selon le livre de Jean-Marc Labordière, Paris Art déco. L'architecture des années vingt, ce vitrail s'inspirerait de l’œuvre d'Hokusaï avec sa vague aux tons bleus.

La Pagode

Façade vue depuis le jardin japonais
Cette salle de cinéma du VIIe arrondissement qui a fermé ses portes en novembre 2015 ne laisse pas le promeneur indifférent. Avec sa façade entièrement couverte de vitraux et de boiseries, l'édifice respecte les codes de l’architecture japonaise.
Détail de la façade de la Pagode, 57bis, rue de Babylone, VIIe arrondissement
Selon le livre Le monde à Paris, dans la collection Serious Guide des éditions Louis Simo, cette salle aurait été édifiée aux alentours de 1895 pour la femme du directeur du Bon Marché, grand magasin situé à quelques pas. Wikipedia nous informe qu'il s'agit de l’œuvre d'Alexandre Marcel, architecte très inspiré par le style japonais. Cette salle devient un lieu faste des soirées parisiennes.
Dans les années 1930, La Pagode devient un cinéma qualifié « d'art et d'essai ». Dans les années 1960-1970, on rénove le lieu et on le dote d'un petit salon de thé. C'est ainsi que le jardin, les façades et le décor intérieur sont classés monuments historiques. Le cinéma perdure jusqu'en novembre 2015.

Détail d'un vitrail
Selon l'émission Des Racines et des Ailes qui m'a inspiré ce thème, les vitraux évoqueraient la guerre sino-japonaise de 1894-1895. Ils semblerait d'ailleurs que les Chinois auraient voulu en faire leur ambassade mais cette idée aurait été abandonnée car les Japonais seraient plus à leur avantage sur les vitraux.
Représentations animalières
Sur les boiseries, on croise de nombreux animaux (crabes, volatiles, grenouilles…), le thème végétal est aussi présent (photo ci-dessous) à travers la faïence.

Détail de la façade avec vitraux végétaux et faïence colorée
Petit jardin japonais

Fenêtre
La nature est très présente puisque La Pagode dispose d'une petite parcelle végétale d'où l'on peut voir entre autre, une lanterne japonaise.

Jardin avec lanterne japonaise

À l'intérieur, un décor particulièrement riche orne les murs de l'ancienne salle de projection.


Intérieur de la salle de projection dite « japonaise »

D'après la photo ci-dessous, on peut imaginer qu'autrefois des miroirs auraient été placés entre les toiles.

Détail de la salle de projection

La Pagode Rouge

La Pagode rouge, 48, rue de Courcelles, VIIIe arrondissement
Au beau milieu d'immeubles haussmanniens, dans le quartier de la Plaine Monceau, vous croiserez un édifice hors du commun : une pagode rouge. Celle-ci aurait appartenu à un certain Ching Tsai Loo, marchand d'art d'origine chinoise nous dit Wikipedia.
En 1926, Ching Tsai Loo achète un hôtel particulier du XIXe siècle et demande à Ferdinand Bloch de construire une pagode en vue d'y installer sa collection d'art asiatique. Nous sommes en 1926, il s'agit alors de l'une des toutes premières collections d'art asiatique dans la capitale.

Porte d'entrée de la galerie d'art
Son style et sa couleur contrastent tellement avec les immeubles haussmanniens que vous ne pouvez passer à côté !

La pagode est dotée de quatre étages et est couverte de rouge, couleur qui rappelle la Chine.
Entrée dotée de lanternes rouges


Détail de la façade
Sur la photo ci-dessus, on peut voir ses murs richement décorés, notamment les balustrades et fenêtres, ses frises représentant des animaux et ses toits recouverts de vert.

Rachetée en 2011 par une mécène et rénovée par celle-ci, la Pagode accueille des expositions et organise des cocktails et autres dîners d'affaires (source www.pagodaparis.com)
Pour finir, la Pagode est classée monument historique selon la base Mérimée aussi bien l'intérieur que l'extérieur.

Le Panthéon bouddhique

Vue d'ensemble du jardin du panthéon bouddhique, 19, avenue d'Iéna, XVIe arrondissement
Pour tous les amateurs d'art asiatique, le musée Guimet (6, place d'Iéna, XVIe arrondissement) est un passage obligé. Connaissiez-vous le Panthéon bouddhique ?

Représentation de Bouddha située dans l'enceinte du Panthéon bouddhique
Le Panthéon bouddhique, appelé aussi « annexe du musée Guimet » est situé à quelques pas du musée. Cette partie du musée est consacrée, entre autre, aux représentations de bouddha.
Ici, je m'intéresserai au petit jardin japonais.

Détail du jardin avec le pavillon.
Le jardin est doté d'un pavillon installé depuis 2001 en vue d'y organiser la cérémonie du thé nous informe son site officiel.
Détail du jardin
Le jardin est pourvu d'un pont plat de bois qui traverse un petit plan d'eau. On aperçoit également des bambous. Ce lieu est idéal pour être au calme !

Lanterne japonaise

À propos d'art asiatique à Paris, d'autres musées sont consacrés à ce thème, notamment le musée d'Ennery au 59, avenue Foch dans le XVIe arrondissement ou bien le musée Cernuschi au 7, avenue Velázquez, VIIIe arrondissement (photo ci-dessous).

Sculpture située à l'entrée du musée Cernuschi

Jardin Albert Khan

Jardin Albert-Khan , 14, rue du Port, 92100 Boulogne-Billancourt
Pour rester dans l'univers du jardin, je vous propose une petite ballade au jardin Albert-Kahn à Boulogne-Billancourt, à deux pas de Paris.

Le jardin Albert-Khan est une sorte de mappemonde végétale. L'idée d'Albert-Khan est de représenter différents lieux de la planète à travers sa végétation.

Village japonais
Le jardin se compose notamment de forêts dites « bleue », « dorée » et « vosgienne » ; d'un jardin à la française et à l'anglaise et surtout d'un jardin japonais moderne et d'un village traditionnel japonais.
La prédominance du Japon serait due à un voyage qui aurait profondément marqué Albert-Khan.

Avant tout, il est important de savoir qui est Albert-Khan. Vous trouverez l'essentiel dans sa page que consacre Wikipedia ainsi que sur le site officiel de son musée.
Albert-Khan était banquier de profession mais avant tout, un philanthrope aux idées pacifistes. Son jardin reflète cette vision pacifiste et… utopiste. En effet, on peut dater la création de ce jardin entre 1895 et 1910. Or, à cette époque le pacifisme n'est pas d'actualité.
Ce qu'il faut aussi savoir, c'est que le jardin jouxte le musée Albert-Khan où l'on peut trouver notamment les tous premiers autochromes (premier procédé photographique qui apporte de la couleur aux photos).

Commençons notre visite par le village japonais.

Porte d'entrée du village japonais

Le village japonais résulte d'un voyage d’Albert-Khan au Japon à la fin du XIXe siècle.
Pavillon japonais
Tout d'abord, on remarque la présence d'un pavillon consacré à la cérémonie du thé. La maison semble surélevée. Elle donne une impression de hauteur, ainsi le visiteur à l'impression d'être près d'une montagne. Qui plus est, les hauts arbres tout autour nous plongent dans une atmosphère propice à la méditation.

Maison japonaise
Une autre maison, plus discrète, est entourée de végétaux dont un bonsaï.

« Lion de Chine »

Lanterne japonaise
Lanterne japonaise


Le village est orné de lanternes l'une en pierre, l'autre en bronze. Un « lion de Chine » nous protège des mauvais esprits nous apprend le site officiel du musée.


Le jardin japonais
Vue d'ensemble du jardin japonais

Le jardin japonais que l'on peut visiter de nos jours a été créé en 1990. Celui qu'avait créé Albert-Khan a disparu selon le site officiel du musée. Son auteur, Fumiaki Takano a souhaité rendre hommage à Albert-Khan en faisant de ce jardin une métaphore de la vie du philanthrope. Ici, chaque élément a une symbolique (les galets évoquent la naissance etc.). L'ensemble de la végétation vient du Japon.

Jardin zen
Un « jardin zen », beaucoup de galets, des fortifications de pierre (près du cours d'eau) et deux ponts caractérisent ce jardin.

Pont rouge





Une spirale d'eau termine ce jardin (photo ci-dessous).

Spirale d'eau


Le jardin anglais
Pont en pierre et bois du jardin anglais
Albert-Khan a recréé tout un univers : une petite falaise avec ses roches artificielles, une passerelle de bois et une rivière. Tout respire la quiétude.

Le jardin français
Jardin à la française avec la serre
Albert-Khan s'inspire du jardin classique cher au XVIIe siècle pour planter notamment une roseraie et des arbres fruitiers. Une serre a également été édifiée.

Les forêts

Forêt « bleue » avec son marais
Albert-Khan crée différentes parcelles dites « forêts » avec une végétation particulière comme la forêt vosgienne (photo ci-dessous) dont les arbres proviendraient de la région natale de notre philanthrope.

Forêt « vosgienne »
Le jardin est une très belle idée ballade et peut se visiter à différentes saisons. Pour information, les photos ont été prises au mois de mai.

Paris invite le monde : Expositions universelles et coloniales

Les expositions universelles (appelées encore aujourd'hui « expositions internationales ») et les expositions coloniales de la seconde moitié du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle ont laissé quelques traces architecturales intéressantes.
Nous aborderons d'abord les expositions universelles dans un premier temps, puis les expositions coloniales dans un deuxième temps.

Expositions universelles

Petit historique des Expositions universelles


Les expositions universelles sont nées avec la Révolution Industrielle, c'est-à-dire en plein XIXe siècle. Elles permettaient à l'origine d'exhiber aux visiteurs les dernières prouesses technologiques et industrielles. On considère l'exposition universelle de 1851 à Londres comme étant la première exposition de ce type car elle s'adressait au monde alors qu'auparavant, les foires étaient plutôt locales.
L'exposition anglaise va inspirer l'empereur Napoléon III qui va faire de cet événement un acte politique. En effet, ces expositions permettent de mettre en avant toutes les prouesses agricoles et technologiques. L'exemple le plus connu est la Tour Eiffel, construite dans ce contexte.
On dénombre pas moins de sept expositions universelles (puis coloniales) entre le Second Empire (1851) et la fin de la IIIe République (1940) dans notre capitale.
En outre, il faut aussi savoir qu'organiser une exposition universelle est l'occasion de construire des hôtels ou d'embellir la ville. On peut citer le parc des Buttes-Chaumont qui a été inauguré dans le cadre de l'Exposition de 1867, par exemple.

Comment s'organise une exposition universelle?
Lors d'une exposition, chaque pays est invité à présenter des objets. L'exposant est abrité dans un pavillon dont le décor est représentatif de son pays. Ce sont ces pavillons qui nous intéressent ici.

Contrairement à la tour Eiffel, la plupart des ces pavillons ont été détruits car conçus uniquement pour ces expositions. Heureusement quelques industriels et passionnés ont racheté quelques-un de ces pavillons aujourd'hui disséminés dans toute l'Île-de-France. Nous aborderons une partie de ces vestiges pour de belles idées ballades !
Sur le thème des expositions universelles, je me suis basée essentiellement sur l'œuvre de Sylvain Ageorges, Sur les traces des Expositions Universelles. 1855 PARIS 1937. La recherche des pavillons et des monuments oubliés. Parigramme, 2006.

Isba de Saint-Cloud (Exposition Universelle de 1867)
15, rue des Ecoles, 92210 Saint-Cloud


Façade d'une isba
L'émission Des Racines et des Ailes nous apprend qu'à Paris, il existe un lotissement de maisons russes appelées Isbas. Situées Villa Beauséjour dans XVIe arrondissement, ces villas au nombre de trois ne sont malheureusement plus ouvertes au public de nos jours. Heureusement, la ville de Saint-Cloud dispose de la quatrième villa rescapée de la destruction. Le périodique clodoaldien n°290 publié en 2012 date cette isba de 1867, date à laquelle la Russie était mise à l'honneur. D'autres sources —  dont celle de Sylvain Ageorges — évoquent la date de 1889 mais il est fort probable que l'isba ait été démontée à plusieurs reprises puisque ces décors étaient souvent démontés puis montés à nouveau tels des Lego©.

Détail de la façade

Une isba est une maison traditionnelle russe construite entièrement en bois qui peut faire penser à un chalet.

Pavillon de la Suède et de la Norvège (Exposition Universelle de 1878)
178, boulevard Saint-Denis - 92400 Courbevoie


Façade arrière du pavillon
Le pavillon de la Suède et de la Norvège, conçu par Henrik Thrap-Meyer abrite en 1878 des horloges, des instruments de météorologie, de la céramique, de la verrerie… Aujourd'hui, ce pavillon constitue le musée Roybet Fould que vous pouvez visiter à Courbevoie, à deux pas de la capitale.
Le pavillon est constitué de deux chalets reliés par une galerie pour symboliser l'union de ces deux pays.

Détail du chalet suédois

Toute la façade arrière et l'intérieur du pavillon sont entièrement conçus en bois. Malgré l'austérité du bois brun, la façade est égayée par de jolies lattes de bois rouge et des frises jaunes au motif végétal.
Fenêtre
Sur la façade avant du musée, un panneau nous précise que le bois a été transporté de la ville de Christiana en Norvège par bateau jusqu'à Paris. En 1880, ce chalet est accolé à un pavillon datant du XIXe siècle (photo ci-dessous) où le musée Roybet-Fould voit le jour.


Façade avant du musée Roybet-Fould

Pavillon des Indes (Exposition Universelle de 1878)
142, boulevard Saint-Denis - 92400 Courbevoie

Pavillon des Indes

À deux pas de la maison scandinave, vous trouverez le pavillon des Indes britanniques. Ce pavillon érigé par Caspar Purdon Clarke est une commande du prince de Galles, futur Edouard VII, qui souhaite alors exposer ses collections d'objets d'art indien. Selon un article du Journal du Dimanche des artisans indiens auraient construit ce pavillon qui peut rappeler le Taj Mahal. Ce dernier était à l'origine beaucoup plus grand.
L'exposition terminée, le pavillon est démonté puis scindé en deux avant d'être vendu aux enchères pour servir de maison de location à la commune de Saint-Malo d'une part et acheté par un aristocrate, le prince Stirbei à Courbevoie d'autre part. Le pavillon de Saint-Malo n'aurait pas supporté le climat breton puisqu'une tempête abîme une grande partie de cette propriété au début du XXe siècle.
Détail de la façade
La partie que l'on peut visiter tout près du parc de Bécon de Courbevoie a été restaurée et inaugurée en 2013.
Le pavillon des Indes vu depuis son entrée
Vers 1880, le pavillon des Indes est accolé à une maison de briques qui sert d'atelier d'artiste. Sa structure en bois lui permet d'être facilement montable et démontable telle un Légo©. De ce fait, lors de sa reconstruction, le rez-de-chaussée est devenu le 1er étage et vice-versa pour des raisons de hauteur selon le livre de Sylvain Ageorges. De nos jours, le rez-de-chaussée sert d'historique de l'édifice alors que le 1er étage est simplement une reconstitution.
En 1951, la Ville de Courbevoie rachète l'édifice que l'on peut visiter aujourd'hui. En 1987, le pavillon des Indes est inscrit aux monuments historiques.

Intérieur du 1er étage du pavillon des Indes
Depuis le 1er étage, on aperçoit la Tour Eiffel (que son propriétaire ne pouvait pas encore voir en 1880 lors de son achat!).

Détail du 1er étage
L'intérieur fait plus penser à l'Asie en général qu'à l'Inde mais le mobilier est tout fait remarquable.

Plafond du 1er étage
Les visites guidées permettent de connaître en détail l'histoire de l'édifice mais aussi celle des propriétaires amateurs de curiosités.

Table et chaises asiatiques

On peut admirer un très joli salon, le dépaysement est garanti !

Pavillon des Indes avec les bulbes dorés
Contrairement aux panneaux, les bulbes dorés que l'on aperçoit ne sont pas d'origine. Le prince Stirbei qui racheté l'édifice les a quelque peu modifiés. Ce qui explique la forme qui fait plus penser aux bulbes visibles en Europe de l'Est qu'en Inde (le prince Stirbei est Roumain).

Jardin tropical de Paris (Exposition Coloniale de 1907)

Expansion coloniale

Avant d'évoquer l'Exposition coloniale de 1907, il est important de présenter le jardin tropical de Paris.

Le jardin de tropical de Paris (appelé aussi « jardin agronomique ») est situé du côté Est du bois de Vincennes. Bien qu'intégré localement dans le Val de Marne nous sommes dans un parc parisien, la Ville de Paris ayant acquis les lieux en 2003.
Créé à la fin du XIXe siècle, le jardin a pour vocation de produire des plantations issues des colonies, puis de les réexpédier accroissant ainsi sa production…

En 1907, on y organise une exposition visant à dévoiler à un large public les richesses issues des colonies françaises. De cette exposition vont apparaître quelques pavillons dont il reste aujourd'hui quelques vestiges. La plupart de ces pavillons sont en très piteux états car laissés à l'abandon après l'Exposition de 1907, d'autres ont été victimes d'actes de vandalisme ou d'intempéries dont la tempête de 1999.

On distingue une partie asiatique d'une partie africaine.


Porte chinoise à l'entrée du parc

D'emblée, les promeneurs se trouvent nez à nez avec une belle et impressionnante porte chinoise. L'ensemble des sources que j'ai utilisées ne certifie pas l'année exacte de l'édification de cette porte. Toutefois, il est certain que son bois provient bel et bien d'Asie.

La serre du Dahomey

Serre du Dahomey

La serre du Dahomey (actuel Bénin) serait issue de l'Exposition universelle de 1900. Selon l'œuvre de Sylvain Ageorges, cette serre a permis de planter des plantes issues d'Inde, de Chine et d'Amérique (du café, du thé, du caoutchouc, benjoin…) et a été présentée en 1907. Selon le panneau du jardin, des poteaux entouraient à l'origine cette serre.

Pavillon du Congo

Vestiges du pavillon du Congo
Cette photo montre ce qu'il reste du pavillon du Congo. L'œuvre de Sylvain Ageorges date l'édifice de 1900, démonté puis remonté pour l'Exposition de 1907. Victime d'un incendie en 2004, alors qu'il avait déjà survécu à la tempête de 1999 (contrairement à d'autres pavillon du jardin) le pavillon du Congo est resté envahi par sa végétation. Même s'il est classé monument historique, il n'est pas prévu à ce jour de rénovation.


Kiosque forestier de la Réunion

Façade du kiosque

Comme ses prédécesseurs, cet édifice a été construit en 1900, puis reconstruit pour l'Exposition de 1907. Selon les informations officielles du jardin, l'édifice aurait servi de bar dans un premier temps afin de permettre aux visiteurs de goûter aux produits coloniaux, en l'occurrence le rhum. Pourtant, en 1907, l'édifice aurait servi de poste de secours, avant de devenir un lieu de stockage d'objets précieux durant la Première Guerre Mondiale.

Le pavillon de l'Indochine

Pavillon de l'Indochine

L'édifice a été construit en 1907 afin de représenter les produits végétaux, animaux et minéraux issus du Cambodge, du Laos, du Tonkin, de la Cochinchine et de l'Annam. En 1960, il abrite un laboratoire. Restauré en 2011, le pavillon est classé monument historique.

Le pavillon de la Guyane


Façade du pavillon de la Guyane

Construit en 1907, ce pavillon aurait permis aux visiteurs de l'Exposition notamment de montrer comment extraire de l'or. Vers 1925, ce pavillon devient un laboratoire agronomique.

Le pavillon de la Tunisie

Pavillon de la Tunisie

Édifié en 1907, le pavillon de la Tunisie aurait abrité des étudiants pendant de nombreuses années avant d'être abandonné, nous précise l'œuvre de Sylvain Ageorges.

La pagode indochinoise

Façade de la pagode indochinoise
Cette pagode, selon les sources officielles du jardin, daterait de 1907 afin de servir de salon de thé d'Annam. Dès 1919, le pavillon devient un lieu de culte vietnamien. Après un incendie, le temple est reconstruit en 1992.

Outre les pavillons construits pour l'Exposition coloniale de 1907, les promeneurs peuvent voir divers monuments tel que l'esplanade du Dinh qui fait référence au Vietnam.

Esplanade du Dinh et urne funéraire

La page Wikipedia consacrée au Jardin agronomique évoque un « village indochinois ».

Piège à tigre


Vue du pont Khmer
Pour pénétrer dans le « village », les promeneurs pourront longer le pont Khmer (photo ci-dessus) avant d'emprunter le pont tonkinois (photo ci-dessous) pour en ressortir.

Pont tonkinois

Le jardin tropical, lieu de mémoire

Monument aux Cambodgiens et Laotiens morts pour la France

Ce jardin est également pourvu de monuments aux morts pour ne pas oublier que des soldats d'outre-mer et des colonies se sont battus pour la France lors de la Première guerre mondiale.
Stèle

Une simple stèle rappelle qu'un édifice a servi d'hôpital durant la Première guerre mondiale. Selon les panneaux officiels, une mosquée avait été érigée afin de permettre aux blessés de confession musulmane de pouvoir prier. Cette petite stèle est tout ce qui reste de cet « hôpital-mosquée ».

Bien que classés monuments historiques, ces pavillons ne brillent pas par leur beauté. Ils sont laissés à l'abandon et l'on voit bien que la végétation a pris le dessus. Pourtant, la balade en vaut le détour. Tout d'abord, ce jardin est un lieu de charme et de tranquillité. Puis et surtout pour une raison historique : à travers ses pavillons issus des expositions universelles et par ses monuments aux morts, le Jardin agronomique est un lieu de mémoire et une page, certes peu glorieuse, de l'histoire de France mais un lieu qu'il est important de connaître pour ne pas oublier.

Palais de la Porte Dorée (Exposition coloniale internationale de 1931)

Façade du Palais de la Porte Dorée (aujourd'hui, Cité de l'Immigration)

En 1931 est inauguré le « Musée des colonies » situé à proximité de la Porte Dorée dans le XIIe arrondissement dans le cadre d'une nouvelle exposition coloniale.
Un édifice conçu dans un style Art déco est l'un des vestiges de cette manifestation.
Ce qui nous frappe d'emblée est cette monumentale frise sculptée sur laquelle on y voit des personnages à demi-nus, des animaux, des navires… Cette commande faite au sculpteur Alfred Auguste Janniot a pour ambition de mettre en avant la toute puissance coloniale de la France.
Sur la photo ci-dessus, on remarque au centre, au-dessus de la porte d'entrée, l'allégorie de l'Abondance, la France en quelque sorte. À sa gauche figurent les colonies d'Afrique et à sa droite, les colonies d'Asie. Les autre façades représentent l'Océanie et l'Amérique.

Détail de la façade « asiatique » du Palais de la Porte Dorée
Une fois de plus, les personnages sculptés légèrement aplatis correspondent encore en 1931 à des clichés et à une vision très paternaliste du colonialisme. Une fois à l'intérieur, les visiteurs découvrent une autre frise qui exprime le même message colonial.

Construit pour durer, ce musée devient en 1935 « musée de la France d'Outre-mer », puis à l'initiative d'André Malraux, en 1960 (nous sommes alors en pleine décolonisation) « musée des arts africains et océaniens ». En 1990, il devient « musée national des arts d'Afrique et d'Océanie ». En 2003, le musée ferme ses portes en vue de l'ouverture du musée du Quai Branly où ses collections sont rapatriées. Le site abrite également un aquarium avec des espèces tropicales depuis 1931. Depuis 2007, le Palais de la Porte Dorée devient le « musée de l'histoire de l'immigration ». Malgré l’ensemble de son décor qui évoque son passé colonial, le musée tend à se « réconcilier » en mettant en avant les bienfaits de l'immigration.

Paris invite le monde : le monde arabe

L'orientalisme, on l'a vu avec la Chine et le Japon, est à la mode depuis le XIXe siècle. Le monde arabe inspire également les architectes à Paris dont voici quatre témoignages.

L'Institut International d'Administration Publique (2, avenue de l'Observatoire - VIe arrondissement, Paris)

Détail de la façade de l'école

Pour faire la transition avec le chapitre consacré aux Expositions Universelles et Coloniales, l'Institut International d'Administration Publique reflète encore une fois de plus le passé colonial de la France.
Cette école conçue pour former les élites issues des anciennes colonies évolue en fonction de l'Histoire. Créée dans les années 1880, des Cambodgiens puis africains « fréquentent » cette école. Puis, en 1959, cette école devient l'Institut des Hautes Études d'Outre-Mer . Enfin, en 2002 cet édifice est intégré à l'École Nationale d’Administration.
Selon le panneau qui figure sur sa façade, l'édifice est l'œuvre d'un certain Yvon. De style néo-mauresque, l'immeuble est classé monument historique.

La Grande Mosquée de Paris (39 - 47, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, Ve arrondissement, Paris)

Façade de la Grande Mosquée de Paris
La Grande Mosquée de Paris est le seul édifice religieux que j'ai pu photographier durant l'année 2015, il aurait été dommage de passer à côté.

D'emblée, c'est son minaret de 33 mètres que l'on remarque, puis sa porte d'entrée aux motifs floraux.
Vue partielle du jardin
À l'intérieur, on peut admirer un magnifique jardin pourvu de fontaines et d'une riche végétation.

Détail du jardin

Selon la base Mérimée, la Grande Mosquée de Paris est classée monument historique notamment pour sa faïence. La Grande Mosquée a été bâtie dans les années 1920 en vue de commémorer les Musulmans morts pour la France durant la Première Guerre Mondiale. Divers architectes ont collaboré sur ce projet en s'inspirant notamment des édifices néo-mauresques de Fès.

École Inter algérienne (40, rue Boileau, XVIe arrondissement)

Façade de l'École Inter algérienne

Au 40, rue Boileau dans le XVIe arrondissement, vous tomberez sur un édifice Art nouveau situé tout près du hameau où Hector Guimard a réalisé ses premières œuvres. Cette façade est l'oeuvre de Joachim Richard et d'Audiger, sa céramique de style arabe a été conçue par Gentil & Bourdet autour de l'année 1911.

L'Institut du Monde Arabe (1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Ve arrondissement, Paris)

Et pour finir sur ce thème, nous ne pouvions faire l'impasse sur son musée qui est consacré au monde arabe. Pour le connaître, rien ne vaut plus que sa visite, toutefois, intéressons-nous à sa façade métallisée construite entre autre par Jean Nouvel.
Façade de l'Institut du Monde Arabe

Inauguré en 1987, le musée présente une façade couverte de moucharabiehs géométriques, ce système de ventilation cher à l'architecture arabe. Les disques sont rétractables en fonction de la lumière créant ainsi un effet de clair-obscur. La géométrie de sa structure est non seulement l'expression de la modernité mais aussi un rappel aux sciences qu'ont transmises à l'Occident le monde arabe.

Détail de la façade