dimanche 19 mars 2017

Les fontaines du XIXe siècle (2e partie) sous la Restauration et la Monarchie de Juillet

Fontaine du Marché des Blancs-Manteaux

8, rue des Hospitalières-Saint-Gervais, IVe arrondissement
Mascaron de la fontaine
En plein cœur du Marais, il peut vous arriver de croiser des têtes de bœufs accolés à une école !
La fontaine du Marché des Blancs-Manteaux est selon Wikipedia une fontaine qui faisait partie d'une ancienne boucherie du marché qui s'y tenait autrefois.
Érigée par le sculpteur Edmé Gaulle en 1819, cette double fontaine déversait son eau à travers deux mascarons de bœufs (symboles de la boucherie) de style assyrien antique.
En 1910, on y construit une école et la ville de Paris décide de conserver les têtes de bœufs à titre purement décoratif. Depuis, ces têtes sont classées monument historique.

Fontaines de la place des Vosges

Square Louis XIII, IVe arrondissement
L'une des quatre fontaines de la place des Vosges
La place des Vosges accueille aujourd'hui quatre fontaines érigées en 1825 comme celle que l'on peut voir sur cette photo. Chaque fontaine est placée aux extrémités du square Louis XIII qui se trouve au centre de la place des Vosges. Elles sont placées en fonction des points cardinaux.

Détail de la vasque avec tête de lion
Chaque fontaine se présente sous la forme d'un bassin pourvu d'un piédouche (un socle) sur lequel se trouve une double vasque — dont une est entourée de têtes de lions qui déversent de l'eau.
Ces fontaines sont l'œuvre de l'architecte Jean-François Ménager et du sculpteur qui signent également la statue de Louis XIII (photo ci-dessous).

Statue de Louis XIII
La construction de ce groupe de fontaine est liée à l'histoire de la place des Vosges. Pour cela, je me suis documentée depuis le livre de Jacques Barozzi, Paris. De fontaine en fontaine.
La place des Vosges existe depuis 1612 sous le nom de « place Royale » en l'honneur de Louis XIII. En 1639, le duc de Richelieu commande une statue équestre du monarque. Sous la Révolution, la statue disparaît et en 1800, la place Royale devient Place des Vosges (premier département à avoir payé ses impôts).
En 1825, on fait refaire la statue de Louis XIII — on a changé de régime — et on en profite pour embellir la place de fontaines tout en respectant son esprit XVIIe siècle avec sa structure très classique et très en harmonie avec la place des Vosges dans tout son ensemble.

Fontaine Gaillon

1, Place Gaillon, IIe arrondissement
Fontaine vue de face
Pour cette fontaine, je me suis basée sur l'œuvre de Jacques Barozi et de la page Wikipedia dont les sources sont clairement nommées.

La fontaine Gaillon est dotée d'une double vasque avec un triton au trident partiellement doré chevauchant un dauphin. Derrière le personnage principal, se trouvent des sculptures végétales et un dragon à chaque extrémité.
Triton et décor végétal


La fontaine, encastrée dans l'immeuble est pourvue de colonnes corinthiennes parées de dauphins.

Détail de la colonne et de son décor

Au-dessus du triton, on remarque la présence d'une frise aux motifs aquatiques et d'une inscription latine.
Frise aquatique et inscription latine

Au départ, Jean Bausire fait construire une fontaine appelée « Louis le Grand », autrement dit, Louis XIV. Vers 1828, sous le règne de Charles X, la fontaine est restaurée par un certain Louis Visconti et devient alors la fontaine Gaillon.
Piédouche avec ses mascarons
Cette fontaine est somptueusement décorée y compris le piédouche (photo ci-dessus) orné de fleurs, on peut y voir également un serpent qui butine une fleur.

Piédouche du sol
Le piédouche du sol n'est pas en reste puisque deux dauphins entourent une magnifique composition florale.

Pourquoi des dauphins et non des poissons ?

Il faut savoir qu'à cette époque, ce que l'on nommait « dauphin » pouvait s'apparenter à un poisson. Au XIXe siècle, il est difficile d'avoir une représentation fidèle de certains animaux.

Fontaine du Marché des Carmes

Square Gabriel-Piernié, VIe arrondissement
Sculpture de la fontaine du Marché des Carmes
La base Mérimée qui nous précise que cette œuvre est inscrite aux monuments historiques date la fontaine de 1830.
Cette fontaine — qui aurait bien besoin d'un grand nettoyage ! — n'est constituée que d'un simple bassin dont l'unique borne contient une sculpture (photo ci-dessus). L'auteur de cette sculpture, nous dit Jacques Barozzi, est Alexandre-Evariste Fragonard, le fils du célèbre peintre. Pour être plus précise, il s'agit de deux têtes collées qui représentent le Commerce et l'Abondance.
On reconnait bien les caractéristiques du commerce par la présence de fruits et de cornes d'abondance chers à Hermès, dieu du Commerce.
Pourquoi une symbolique commerciale dans un square tranquille situé à deux pas de l'Institut de France ? Tout simplement parce qu'à l'origine, cette statue se trouvait en plein cœur d'un ancien marché dit « des Carmes » du côté de la place Maubert dans le Ve arrondissement jusqu'en 1930.

Fontaine du Château d'Eau de Montmartre

Place Jean-Baptiste Clément, XVIIIe arrondissement
Fontaine vue de face
Nous quittons un instant Paris pour... Montmartre ! Et oui, en 1835, date de la construction de cette fontaine, nous ne sommes pas encore à Paris car Montmartre est un village à part entière accolé à la capitale. Le monarque Louis-Philippe, nous dit Jacques Barozzi, fait construire un château d'eau à l'angle de la rue Lepic et de la rue de Norvins pour alimenter en eaux les Montmartrois.
Je ne dispose que de ce cliché car cette fontaine n'est visible que depuis une grille fermée comme vous pouvez le constater.

La fontaine se présente sous la forme d'un bâtiment octogonal richement décoré. En haut du petit escalier figure une grande urne en bronze sculptée de naïades et d'animaux marins. Son piédouche est quant à lui orné de dauphins. Un petit mascaron à tête de lion déverse timidement de l'eau. Autour de cette urne, on trouve deux dragons et deux colonnes sculptées avec des motifs végétaux.
Au-dessus, on remarque la présence d'un fronton triangulaire et d'une plaque quasi-illisible qui, selon Wikipedia évoque simplement la mention du contrat passé entre le maire de Montmartre et l'entreprise de construction.
Toujours selon Wikipedia, la fontaine serait l'œuvre de Titeux de Fresnoy et les sculptures de Bandeville. Aujourd'hui, ce lieu appartiendrait la Commanderie du Clos Montmartre, association qui gère les vignes de Montmartre.

Fontaine Louvois

Square Louvois, 58, rue de Richelieu, IIe arrondissement
Fontaine Louvois
Au square Louvois, situé à proximité de la Bibliothèque nationale, vous ne manquerez pas la présence d'une somptueuse fontaine.
Difficile d'imaginer qu'avant ce square il y avait un opéra. En 1820, le duc de Berry se fait assassiner et l'on crée la « place Richelieu » où cette fontaine a été construite vers les années 1836-1839 à la demande de Louis-Philippe. Le square quant à lui, date des années 1850.
La fontaine construite par Louis Visconti se présente sous la forme d'un très large bassin pourvu de deux vasques.

Figures allégoriques
Sur l'un des piédouches, on remarque la présence de figures féminines en bronze qui seraient l'incarnation des fleuves français. Ainsi sont représentées la Saône (photo ci-dessus), la Seine, la Loire, la Garonne. Seul le Rhône manque (pas assez féminin ?)

Le lion
Le contour de la vasque représente les douze signes du zodiaque (photo ci-dessus) et des figures humaines.

Triton chevauchant un dauphin

Au pied de la statue, on observe des tritons de bronze et leurs dauphins.
L'ensemble des sculptures est signé Jean-Baptiste-Jules Klagmann.

Fontaines des jardins des Champs-Elysées

Jardins des Champs-Elysées, VIIIe arrondissement
Fontaine de Vénus parfois aussi appelée fontaine des Ambassadeurs
En 1834, Louis-Philippe décide d'embellir les jardins des Champs-Elysées entre la place de la Concorde et le Rond-Point-des-Champs-Elysées. Pour cela, il fait appel à Jacques-Ignace Hittorff pour réaliser une série de fontaines dont voici deux exemples. L'architecte reste fidèle au style de son époque : un bassin constitué d'une vasque avec une sculpture et un piédouche pourvu de dauphins tel que l'on peut le voir sur les photos.

Fontaine du Cirque

Pour la fontaine du Cirque, tout comme celle de Vénus, des mascarons à têtes de lion viennent déverser l'eau.
Détail de la fontaine du Cirque
La fontaine du Cirque est aussi appelée fontaine des Quatre Saisons. Ce qui explique la présence de quatre personnages tenant dans leurs mains un élément lié à une saison comme l'été (au centre) avec la faucille et le blé. Le personnage de gauche porte deux colombes qui s'embrassent (le printemps, la saison des amours) quant à celui de droite, le personnage porte une grappe de raisin qui nous fait penser à l'automne.
Les fontaines du jardin des Champs-Elysées seront modifiées au cours du Second Empire nous dit Jacques Barozzi.

Fontaine de Trévise

Cité de Trévise, IXe arrondissement
Fontaine de Trévise
S'il y a une fontaine que je vous recommande d'admirer, c'est bien celle de Trévise. Dès que vous foulez le pied dans la cité de Trévise, vous n'entendez plus la circulation de la rue Richer mais juste le son de l'eau de la fontaine qui coule paisiblement...
La cité comprend une place magnifique entourée de façades d'immeubles néo-renaissance.
Jacques Barozzi date la fontaine des années 1840. Située autour d'un petit jardinet, la fontaine est dotée de sculptures de Francisque Duret qui représentent des nymphes. Aujourd'hui, la fontaine, tout comme une partie de la cité de Trévise, est classée monument historique.

Fontaine de la Roquette (ou fontaine Molinos)

68-70, rue de la Roquette, XIe arrondissement
Fontaine  vue de face
En 1846 est édifiée la fontaine de la Roquette à la demande de Louis-Philippe. On est loin du style des fontaines des « beaux » quartiers du centre de la capitale avec ses vasques et statues sculptées. Ici, le style se veut plus monumental avec une entrée en cul-de-four, c'est-à-dire de forme voûtée dans laquelle se niche deux bancs situés à chaque extrémité. La fontaine présente une frise aux motifs végétaux et de fruits. L'écusson au centre de la frise entouré de dauphins représente la Ville de Paris avec son bateau. On voit également deux petites rosaces, l'une présente des algues, l'autre des crustacés.
À l'intérieur, une coquille en forme d'hémicycle est décorée de petites têtes de lion. Enfin, le mascaron à tête de faune déversait autrefois de l'eau car la fontaine ne fonctionne pas de nos jours.
Selon Wikipedia et de source fiable, cette fontaine serait l'œuvre d'un certain Molinos.
Enfin, cette fontaine est classée monument historique.

Fontaine Molière

Place Mireille, Ier arrondissement
Fontaine Molière
À l'angle de la rue Richelieu et de la rue Molière, vous ne pouvez pas passer à côté de la fontaine Molière. Le dramaturge serait mort tout près de cette place d'où l'idée d'édifier une fontaine à cet endroit nous précise Jacques Barozzi.
En 1844, Louis Visconti érige cette fontaine monumentale où trône la statue de Molière au centre sculptée par un certain Bernard Seurre . On aperçoit, à gauche, côté rue de Richelieu, l'allégorie de la Comédie sérieuse, à droite, côté rue molière, celle de la Comédie légère. Ces allégories tiennent un parchemin sur lequel sont listées les titres des œuvres de Molière.
La statue de Molière est entourée de doubles colonnes corinthiennes. Au niveau du fronton, on remarque un petit Génie entouré de fruits et de masques. Enfin, de petits mascarons à têtes de lion déversent de l'eau dans un bassin.

Fontaine de l'Archevêché (ou fontaine de la Vierge)

Square Jean XXIII, quai de l'Archevêché, IVe arrondissement
Fontaine de l'Archevêché
Voici ici un exemple de fontaine évoquant un thème religieux. Située juste à côté de la cathédrale Notre-Dame de Paris, sur l’Île de la Cité, la fontaine de l'Archevêché a été inaugurée en 1845 pour embellir le square fraîchement construit par Alphand.
Cette fontaine est l'œuvre de l'architecte Alphonse Vigoureux et de Louis Merlieu pour la sculpture selon Jacques Barozzi.
La fontaine est constituée d'un bassin octogonal dans lequel figure un socle de forme triangulaire. Sur ce socle, on reconnaît une Vierge à l'Enfant de style néogothique pour aller avec le style de la cathédrale qu'on aperçoit juste derrière sur la photo.
Sous cette sculpture, on observe des statues de petite taille représentant des personnages bibliques.
Archange
Sur les côtés du pilier, on voit les trois archanges, dont Saint Michel et le dragon.

Fontaine Cuvier

Angle de la rue Cuvier et de la rue Liné, Ve arrondissement
Fontaine Cuvier
À deux pas du jardin des plantes, vous pouvez voir la fontaine qui rend hommage au naturaliste Cuvier décédé à quelques pas de cette fontaine.
La fontaine d'Alphonse Vigoureux présente un simple bassin dont l'eau s'écoule depuis des appliques en forme de serpents. La sculpture située sur un large socle est l'œuvre de Jean-Jacques Feuchère. Deux pilastres ioniques entourent la statue représentant un personnage féminin et une pléiade d'animaux notamment un crocodile (dont la tête tourne à 90° !), une otarie, un lion, des têtes de loup (en mascaron).... Il s'agit ici d'une allégorie de L'Histoire naturelle selon Jacques Barozzi.
Cette œuvre est classée monument historique selon la base Mérimée.

Cette fontaine est typique des fontaines qui rendent hommage à un illustre personnage (tout comme celle de Molière). Si vous êtes attirés par ce type d'hommage, vous pouvez aussi voir la fontaine Charlemagne située au 9, rue de Charlemagne dans le IVe arrondissement.

Fontaine de Joyeuse

41, rue de Turenne, IIIe arrondissement
Fontaine de Joyeuse
Selon Jacques Barozzi, la fontaine de Joyeuse a été construite en 1847 pour remplacer une ancienne fontaine et ainsi continuer à donner à boire aux habitants du quartier — il faut imaginer qu'à cette époque il n'y avait pas de grille.
Par son style antique avec ses pilastres de type « ionique » (sommet de volutes), la fontaine peut faire penser à celle de la Roquette vu auparavant. Au sommet, on remarque la présence du blason de la Ville de Paris.
Piédouche
En son centre, figure un bassin dont le piédouche est décoré d'hippocampes (photo ci-dessus).

Sculpture

Au-dessus, un bassin en forme de coquillage supporte une petite sculpture de bronze représentant un enfant pourvu d'une jarre. A l'arrière, dans le cul-du-four, on remarque la présence d'animaux (des volatiles et un serpent). Juste en dessous du personnage, on peut lire « Ourcq », du nom du canal qui alimente cette fontaine.
Cette fontaine est aujourd'hui est inscrite aux monuments historiques.

Fontaine Saint-Sulpice

Place Saint-Sulpice, VIe arrondissement
Fontaine Saint-Sulpice
Pour finir sur cette période, voici l'exemple d'une fontaine monumentale. Construite entre 1843 et 1848 par Louis Visconti, la fontaine Saint-Sulpice (ou fontaine des Quatre-Évêques ou bien fontaine des Orateurs sacrés) a remplacé la fontaine de la Paix que nous avons eu l'occasion d'évoquer dans le chapitre sur les fontaines napoléoniennes.
La fontaine se présente sous la forme de larges bassins superposés sur lesquels se reposent des lions. À chaque extrémité de la fontaine, équivalent plus ou moins à chaque point cardinal, on peut voir des vases sculptés.

Bossuet et Fléchier

En son centre, un édicule dans lequel quatre évêques de l'époque louis-quatorzième sont représentés : Bossuet, Fléchier, Fénelon et Massillon. Les sculptures sont entourées de colonnes corinthiennes. Au sommet de l'édicule, on aperçoit une croix latine.
Ici, le style néo-renaissance est en harmonie avec l'église Saint-Sulpice située juste derrière.
Selon la base Mérimée, cette fontaine est classée monument historique.

Et du côté des propriétés privées ?

Fontaine de l'Hôtel de Pourtalès, 7, rue Tronchet, VIIIe arrondissement
Fontaine de l'Hôtel de Pourtalès
S'il y a une fontaine privée qui a attiré mon attention, c'est bien celle de l'Hôtel de Pourtalès !
La fontaine est adossée à un mur. Elle ne brille pas par sa grandeur (c'est une fontaine privée) mais par la finesse de ses décorations : deux frises avec des volatiles et des motifs végétaux (photo ci-dessus) ; une tête de méduse au centre ; un fronton arrondi en forme d'éventail et un buste d'homme au sommet.
Détail de la frise avec un volatile

Sur la photo, on voit bien que l'eau n'y coule plus mais son architecture ne laisse pas indifférent. Ce qu'il faut savoir chers lecteurs, c'est que cette fontaine se situe dans la cour intérieure de l'hôtel particulier. La page Wikipédia vous informera de l'histoire de l'hôtel de Pourtalès construit dans les années 1838-1839 par Félix Duban et qui est encore aujourd'hui d'actualité — vous avez dû remarquer une sculpture contemporaine sur la première photo.

Alexandre Gady, dans son ouvrage intitulé Les Hôtels Particuliers de Paris. Du Moyen-Age à la Belle Epoque, évoque un style quattrocento italien, c'est-à-dire renaissance. Comme nous sommes au XIXe siècle, nous parlerons ici du style néo-renaissance. La fontaine s'inscrit dans ce contexte.

Façade de la cour de l'hôtel
Détail de la façade
On voit dans les photos ci-dessus que l'Antiquité à la mode italienne règne dans cette cour.



Sculpture antique

De l'extérieur, la façade est plutôt quelconque. Pourtant dès que vous y foulez le pied, vous avez vraiment l'impression d'entrer dans un autre univers avec des sculptures antiques qui côtoient des œuvres contemporaines.
Cet hôtel  est classé monument historique.

Nous terminons cette balade urbaine sous le Second Empire.

Les fontaines du XIXe siècle (3e partie) du Second-Empire aux fontaines Wallace

Fontaine du square d'Orléans

80, rue Taitbout, IXe arrondissement
Fontaine du square d'Orléans
La fontaine du square d'Orléans est une fontaine qui fait partie d'une cité privée. Elle se compose de deux bassins soutenus par un simple piédouche. La particularité de cette fontaine réside dans l'orientation de ses jets d'eaux : ici, l'eau monte depuis le bassin inférieur avant de redescendre et de tomber dans le bassin du sol.
La page Wikipédia date cette fontaine de 1856, ce qui correspond à l'année où le square d'Orléans a été rénové. Ce square est emblématique du quartier dit de la « Nouvelle Athènes » (je vous recommande la page Wikipédia pour une première approche avant d'organiser votre visite dans le quartier).
Selon le panneau de la Mairie de Paris, des artistes comme Frédéric Chopin, Georges Sand ou la comédienne Mademoiselle Mars y ont vécu.
Tout comme la cité Trévise, le square d'Orléans est un lieu paisible. Les immeubles et l'ensemble de la cour sont classés monuments historiques.

Fontaine Saint-Michel (ou fontaine des Amoureux)

Place Saint-Michel, VIe arrondissement
Fontaine Saint-Michel
Véritable lieu de rassemblement, la fontaine Saint-Michel est un monument phare du Quartier Latin. Conçue dans le cadre des travaux haussmanniens, la fontaine a pour objectif de masquer le mur d'un immeuble selon Jacques Barozzi dans son livre Paris de fontaine en fontaine. C'est Gabriel Davioud qui érige cette fontaine inaugurée en 1860 à la demande du baron Haussmann pour l'empereur Napoléon III.

L'auteur de Paris de fontaines en fontaine, nous apprend également que cette œuvre mesure 26 mètres de hauteur et 15 mètres de largeur. La fontaine se présente sous la forme d'un arc de triomphe. Le monument met en scène Saint-Michel terrassant le démon, soit le Bien qui l'emporte sur le Mal. La sculpture est l'œuvre de Francisque Duret, le même sculpteur de la cité Trévise. D'autres sculpteurs ont également participé à l'élaboration de cette fontaine, notamment du dragon que l'on voit au premier plan de la photo ci-dessus.
Saint-Michel est entouré de quatre colonnes corinthiennes de couleur rouge. Au-dessus des colonnes, on observe la présence de quatre statues qui représenteraient les vertus cardinales : la Prudence, la Justice, la Tempérance et la Force.
Cette fontaine est dotée de très riches éléments de décoration : des chimères, des têtes de lions, des frises et cornes d'abondance ornent le monument.

À l'époque où cette fontaine a été érigée, la critique a été mauvaise (notamment parce que la fontaine ne figure pas au centre de la place) et pourtant elle est aujourd'hui classée monument historique. La fontaine Saint-Michel est la dernière fontaine parisienne à être adossée à un mur.

Fontaine Salvador-Allende

Place Salvador-Allende, VIIe arrondissement
Fontaine du square Salvador-Allende
C'est encore à Gabriel Davioud que l'on doit cette fontaine conçue en 1865 au départ pour embellir la place de la Madeleine selon Jacques Barozzi.
La fontaine est faite entièrement de marbre blanc. Le piédouche de la fontaine est entouré de griffons sculptés. Au centre, on peut y voir une petite colonne dotée de visages féminins. Son bassin à la particularité d'être couvert de dentelures et des petits mascarons à têtes de lions sont prêts à déverser de l'eau.

Fontaine Le Génie de la Mer (ou fontaine Cail)

3, rue de Lisbonne, VIIIe arrondissement
Fontaine Cail
La fontaine Cail fait partie d'un hôtel particulier construit en 1866 par Christian Labouret pour l'industriel Jean-François Cail.
La fontaine est accessible à tous car elle se situe dans la cour de la Mairie du VIIIe arrondissement.
Adossée à un mur, la fontaine se compose d'une sculpture de Pierre-Edouard Charrier qui représente un personnage féminin assis sur un coquillage portant la coque d'un navire et entourée de deux anges. On observe également un grand mascaron à tête de triton et de petits mascarons à têtes de lion qui déversent l'eau. Ce groupe sculpté est encastré dans un cul-du-four et entouré de deux colonnes.
Mascaron à tête de triton
Le fronton met le propriétaire de l'hôtel particulier à l'honneur avec la lettre « C » de Cail entourée de deux hippocampes.
Hippocampes
Cette fontaine est richement décorée comme en témoigne la photo ci-dessous.

Serpent de mer attrapant un petit poisson
Pourquoi cette fontaine est-elle appelée Génie de la Mer? Sans doute pour rappeler l'activité maritime de l'industriel, notamment aux Antilles dans le domaine de la sucrerie.
Buste de Jean-François Cail

Au-dessus de la fontaine, on remarque la présence du buste de Jean-François Cail. Ce dernier est un entrepreneur qui excelle aussi bien dans l'industrie agricole que dans les constructions métalliques (nous sommes en pleine révolution industrielle).
Nous retrouvons les symboles du travail, du commerce, de l'industrie et de la navigation à travers la fontaine.
Détail du rinceau (frise ornementale)
On retrouve le thème de l'agriculture également dans le groupe sculpté, sous le personnage féminin.
Groupe sculpté
Le Génie de la Mer est un bel exemple de fontaine que l'on pouvait trouver dans les hôtels particuliers du Second Empire notamment à travers le style italianisant et les symboles liés à la révolution industrielle.
Cette œuvre est classée monument historique.

Fontaine du Théâtre français

Place André Malraux (ancienne place du Théâtre français), Ier arrondissement
Nymphe fluviale
En 1874, on inaugure deux fontaines pour embellir la place du Théâtre français à la demande du préfet Haussmann. Leur emplacement est lié au percement de l'avenue de l'Opéra. Le préfet Haussmann fait appel à l'architecte Davioud qui fabrique des fontaines pourvues d'un petit bassin.
Nymphe marine
Au premier abord, ces fontaines ont l'air d'être identiques. Néanmoins, les statues présentes diffèrent. La nymphe fluviale avec ses ailes sur le dos est l'œuvre de Mathurin Moreau. Tandis que l'autre qui représente une nymphe marine est signée Albert-Ernest Carrier-Belleuse. Sur le piédouche, une Ronde d'enfants est sculptée par Louis-Adolphe Eude nous dit Jacques Barozzi. Sur la colonne, on aperçoit des mascarons à têtes de loup, des visages de style antique et le symbole de Paris.
Situées dans un quartier où la règne la culture (le théâtre de la Comédie Française, le musée du Louvre et l'opéra Garnier au bout de l'avenue de l'Opéra), les deux nymphes apportent un peu de finesse et de légèreté dans le Paris imposant du style haussmannien.

Fontaine de la rue de la Grange-Batelière

16, rue de la Grange-Batelière, IXe arrondissement
Fontaine de la rue Grange Batelière
Au fond d'une cour du no16 de la rue Grange-Batelière, vous pouvez avoir la chance de croiser une petite fontaine dotée une sculpture en fonte.
Un ange assis sur un coquillage soutenu par une végétation aquatique lève le bras droit. Au centre, la tête d'un dauphin déverse (déversait?) de l'eau dans un petit bassin. Le tout posé sur un socle au motif « congélation ».
Il est difficile de dater exactement cette fontaine. Tout ce que l'on sait tient de l'inscription sous le dauphin « Fondu par JJ. DUCEL ET FILS ». Jean-Jacques Ducel fait partie de la deuxième génération d'une famille spécialisée dans la fonte d'art depuis les années 1830. On peut donc situer cette fontaine, à la fin de la carrière de Jean-Jacques Ducel soit autour des années 1860-1870 (l'entreprise ferme en 1878).
Cette fontaine sculptée est purement utilitaire, ce qui nous rapproche des fontaines Wallace.

Fontaines Wallace

Un peu partout dans Paris.
Fontaine Wallace de la place Saint-Germain-des-Prés, VIe arrondissement
Selon Wikipedia, en 2011, il y aurait pas moins de 120 fontaines Wallace dans la capitale. Il est difficile de ne pas les remarquer.
C'est un certain sir Richard Wallace (je vous conseille de lire sa page Wikipedia), un philanthrope anglais vivant à Paris qui subventionne ces fontaines. Il fait appel à Charles-Auguste Lebourg pour concevoir la sculpture à partir de ses propres dessins.

On a vu jusqu’à présent que l'implantation des fontaines avaient été initiée par les monarques et les empereurs. Pourquoi un particulier subventionne des fontaines à usage public ?
Nous sommes dans un contexte où la France vient de perdre une guerre (celle de 1870) et Paris voit ses aqueducs détruits. Il est alors dans l'air du temps, pour les plus fortunés de contribuer à la reconstruction de la capitale.
La première fontaine Wallace est construite en 1872 au boulevard de la Villette selon la documentation d'Eau de Paris. Jacques Barozzi évoque un succès immédiat auprès des Parisiens si bien que le nombre de fontaines Wallace augmente au fil des ans. Elie Frébault dans le journal L'Illustration, décrit une bousculade peu de temps qui a suivi son inauguration : « C'est un cadeau qui est vivement apprécié de toute la population de ces parages, par la température qu'on a eu à subir. Aussi, il y a eu des jours où l'on faisait queue toute la journée autour de la fameuse fontaine. » (L'Illustration no1538, 17 août 1872 p. 103 - 105).
Les fontaines Wallace présentent généralement quatre femmes qui, selon le Livret fontaines d'Eau de Paris, incarneraient des vertus : la Simplicité, la Bonté, la Sobriété et la Charité. Ces personnages féminins peuvent faire penser aux Naïades de la fontaine des Innocents. Sir Richard Wallace a souhaité donner une touche Renaissance à son œuvre.
Les quatre cariatides soulèvent un dôme de tuiles orné d'une pointe pourvue de dauphins. L'eau coule au centre de la fontaine.
Détail d'une cariatide
La base de cette fontaine est aussi décorée de dauphins, de roseaux, de tritons et de coquillages.
Selon la documentation d'Eau de Paris, l'empereur Napoléon III aurait choisi la couleur verte d'une part, en référence à la nature et d'autre part, à une harmonisation avec le reste du paysage urbain de l'époque : les colonnes Morris, les kiosques à journaux et les vespasiennes sont de couleur verte. La ville de Paris a voulu, après la chute de Napoléon III conserver cette couleur.

Détail au dauphin
L'ensemble des fontaines Wallace sont réalisées en fonte et le modèle de la fontaine de la place Saint-Germain des-Prés constitue le modèle le plus répandu de nos jours. Au départ, son concepteur avait réalisé quatre modèles différents. Il faut aussi imaginer qu'auparavant on y trouvait un gobelet pourvu d'une petite chaîne. Pour des raisons hygiéniques, le gobelet a été retiré en 1952 selon Jacques Barozzi.

Les fontaines à colonnettes

De nos jours, il existe deux fontaines dites « à colonnettes », place de Barcelone dans le XVIe arrondissement (photo ci-dessous) et place Tristan Bernard, dans XVIIe arrondissement.

Place de Barcelone, XVIe arrondissement
Ce modèle est postérieur au modèle d'origine. Les colonnettes sont plus simples à réaliser et de ce fait, plus économique. Malgré tout, ce modèle ne manque pas de charme : le socle est très travaillé et fleuri, les colonnes ioniques sont pourvues de décorations, le dôme est toujours tuilé, et des mascarons sont présents. Sans oublier la présence de dauphins!

Mascaron

Le modèle en applique


Rue Geoffroy-Saint-Hilaire, Ve arrondissement
Il n'existe qu'un seul modèle dit « en applique », situé aux bords du jardin des Plantes. Celui-ci, purement utilitaire a quand même bénéficié d'un travail raffiné et élaboré par Charles-Auguste Lebourg (on peut y voir sa signature avec l'année 1872 en y regardant de plus près).
Un fronton arrondi entoure un mascaron représentant une naïade qui déverse l'eau dans une petite vasque. Deux pilastres sont décorés d'un dauphin.
Il faut également imaginer qu'autrefois, des gobelets étaient à disposition des passants.

Les fontaines Wallace, toujours présentes aujourd'hui.

Les fontaines Wallace dont la vocation est de rendre accessible l'eau aux passants font toujours parties du paysage parisien. Ce sont d'ailleurs les seules à être potables parmi toutes les fontaines présentées sur ce thème. Ces fontaines de type Wallace ont inspiré d'autres designers de fontaines. On peut voir des fontaines Wallace colorées à Paris (photo ci-dessous).

Fontaine Wallace, modèle « bleu » Place Pierre Riboulet, XIIIe arrondissement
De plus, ce modèle s'est exporté hors Paris, dans certaines villes de province (photo ci-dessous) et à l'étranger.

Place de Béthune à Lille
C'est ici que s'achève notre balade urbaine autour des fontaines de Paris !