dimanche 24 décembre 2023

DEMEURES DES PARISIENS CELEBRES : Quartiers excentrés : plus populaires mais gentrifiés

 Il ne s'agit pas de voir ici toutes les figures qui ont vécu dans les quartiers populaires mais de voir quelques personnalités parisiennes qui ont vécu ailleurs que dans les beaux quartiers.

L'Est parisien : Picpus et le Père-Lachaise

Square Georges Courteline, XIIe arrondissement

Georges Courteline (1858-1929)

43, avenue de Saint-Mandé, XIIe arrondissement


Selon l'ouvrage d'Eric Fauguet, Maisons célèbres. Écrivains artistes philosophes musiciens scientifiques, le romancier et dramaturge français Georges Courteline habite le numéro 43 de l'avenue de Saint-Mandé de 1906 à sa mort en 1929. 

Façade

Georges Courteline habite un immeuble plutôt bourgeois somptueusement décoré.

Porte d'entrée

Sur la façade de l'immeuble, on peut voir la date de construction (1904) et son auteur, un certain L. Péchard.

Cimetière de Picpus

Chapelle du cimetière de Picpus, XIIe arrondissement

Derrière les murs du numéro 35 de la rue de Picpus se trouve un petit enclos qui renferme une chapelle et un petit cimetière. Ce terrain est accolé à l'ancien couvent des Chanoinesses de Saint-Augustin.
Selon l'ouvrage de Jacques Barozzi intitulé Secrets des cimetières de Paris, ce lieu regroupe deux fosses communes où sont enterrées les personnes guillotinées sous la Révolution française notamment sous la Terreur en 1794.

Plaque

Le site de la Ville de Paris nous apprend que non loin de l'actuel cimetière de Picpus, on guillotine plus de 1300 personnes entre juin et juillet 1794. On décide d'enterrer les corps quasi-secrètement dans ce jardin entouré de hauts murs.
À l'aube du XIXe siècle, des membres de la famille de nombreux nobles guillotinés décident de faire de ce sinistre lieu un cimetière.

Tombe de La Fayette

Qui trouve t-on dans ce cimetière ? Selon l'ouvrage de Jacques Barozzi, essentiellement des membres de la noblesse d'Ancien Régime tel qu'Alexandre de Beauharnais, premier mari de Joséphine, future impératrice des Français ; la princesse Grimaldi de Monaco ou la duchesse de Gramont. On peut y trouver également des proches de la famille royale comme le prince de la Trémoille qui était le coiffeur de Marie-Antoinette ou le valet de Louis XVI.
Toutefois, la célébrité la plus remarquable lorsque l'on arpente ce cimetière est bien Gilbert du Motier, dit Marquis de La Fayette (1757-1834). L'homme politique y est enterré avec sa famille. Tous les 4 juillet, nous précise le site de la Ville de Paris, l'ambassadeur des États-Unis vient déposer une gerbe en hommage à l'homme qui a joué un rôle majeur dans l'indépendance des USA - ce qui explique la présence du drapeau américain sur sa sépulture.

Le cimetière du Père-Lachaise

Vue du cimetière

Si vous souhaitez croiser des tombes de gens célèbres, il n'y a pas mieux que le cimetière du Père-Lachaise. Non moins d'un million de personnes y sont enterrées - sans compter les défunts du colombarium - dans environ 44ha nous précise le Dictionnaire historique de Paris. De nombreux touristes viennent s'y égarer.

Origines du cimetière du Père-Lachaise : un cimetière boudé

Tombe d'Abélard et d'Héloïse

Jacques Barozzi, dans son ouvrage intitulé Secrets des cimetières parisiens, nous précise que le cimetière du Père-Lachaise ouvre ses portes en 1804. La création de ce cimetière fait partie d'une politique de restructuration des cimetières de la capitale. À cette époque, nous sommes en périphérie de Paris et plus précisément sur le terrain dit du "Mont-Louis" dans l'Est parisien où professait le Père Lachaise, confesseur de Louis XIV. 


Tombe d'Abélard et d'Héloïse (détail)

Au début du XIXe siècle, peu de Parisiens enterrent leurs morts dans ce tout nouveau cimetière. En 1817, nous précise le Dictionnaire historique de Paris, on décide de transférer les prétendus restes d'Abélard et d'Héloïse, amants maudits du Moyen-Âge (photo ci-dessus). Dans le cas de ce mausolée, on parle alors d'un cénotaphe, c'est-à-dire une tombe sans les restes du défunt.


Tombe de Molière


Puis, c'est autour des prétendues tombes de Molière et de Jean de La Fontaine que l'on transfère au cimetière.


Tombe de La Fontaine

En vous approchant de la tombe de Jean de La Fontaine, vous reconnaîtrez la fable Le Loup et la Cigogne représentée sur le bas relief.

Le Loup et la Cigogne


Cette opération séduction marche bien puisque dès 1830, le cimetière attire de nombreuses sépultures. Tout le monde veut être enterré près de Molière et de Jean de La Fontaine !

Un site historique

Tombe de Casimir Périer

Le cimetière du Père-Lachaise est un véritable musée à ciel ouvert. C'est le lieu idéal pour connaître de nombreuses personnalités notamment politiques qui ont traversé le XIXe siècle, parfois de manière monumentale comme la sépulture de Casimir Périer (1772-1832). Cet homme politique que l'on voit représenté au sommet de son mausolée est connu pour avoir été ministre de l'Intérieur sous Louis-Philippe.
Les sculptures, nous précise Jacques Barozzi, seraient l'œuvre de Jean-Pierre Cortot (lui-même inhumé au Père-Lachaise). Les bas reliefs représentent l’Éloquence, la Fermeté et la Justice que l'on aperçoit sur la photo ci-dessus.

Tombe de François Arago

Outre des monarchistes au Père-Lachaise on croise aussi des républicains comme François Arago (1786-1853) que l'on voit sur la photo ci-dessus. Ce dernier est d'abord connu comme physicien avant d'embarquer en politique. En 1848, il fait partie du gouvernement provisoire et contribue avec Victor Schoelcher à abolir l'esclavage. Sa tombe serait l'œuvre de l'architecte Félix Duban et son buste celle de David d'Angers (ces deux artistes sont également inhumés au Père-Lachaise) toujours selon l'ouvrage de Jacques Barozzi. 


Tombe de Ledru-Rollin

Autre figure républicaine, Alexandre Ledru-Rollin (1807-1874) à qui l'on doit le suffrage universel masculin en 1848. Son buste est aussi l'œuvre de David D'Angers.
Quand vous vous arrêterez à la station de métro Ledru-Rollin, vous saurez désormais qui c'est !

Tombe de François Raspail

Arrêtons-nous devant cette sépulture. Il s'agit de la tombe de la famille Raspail. François-Vincent Raspail (1794-1878) est connu pour avoir été chimiste et homme politique. Sa tombe, nous précise Jacques Barozzi, est l'œuvre d'Antoine Etex. On sait que Raspail a participé aux révolutions de 1830 et de 1848 et qu'il a été longtemps emprisonné. La sculpture représente Madame Raspail, en pleureuse emmitouflée dans un drap qui ne peut voir son époux.
Les fans du groupe Dead can dance reconnaîtront la pochette de leur album intitulé Within the realm of a dying sun que cette tombe a inspiré. 

Tombe de Victor Schoelcher

Nous voici devant la tombe de Victor Schoelcher (1804-1893) ou du moins ce qu'il en reste puisque ses cendres sont au panthéon depuis 1949 pour précise Jacques Barozzi. On lui doit l'abolition définitive de l'esclavage dans les colonies. Victor Schoelcher est enterré avec son père.


Tombe de Félix Faure

Pour terminer sur le thème de la politique, jetons un œil à la tombe de Félix Faure (1841-1899). Ce dernier est président sous la IIIe république de 1895 à 1899. Il décède dans le palais de l'Élysée en présence de sa maîtresse (la page Wikipédia vous racontera en détail les quolibets et plaisanteries autour de la mort du président de la République).
Il est représenté en gisant et sa tombe serait l'œuvre de René de Saint-Marceau nous précise Jacques Barozzi.

Tombe de Félix Faure


Une promenade romantique

Tombe de Louis Visconti (1791-1853)

Le cimetière du Père-Lachaise n'est pas qu'une empilade de pierres tombales, c'est aussi le plus grand espace vert de Paris intra-muros. Plus de 6000 arbres y sont plantés selon le Dictionnaire historique de Paris : des érables, des frênes, des marronniers…Sans oublier la population animale : une soixantaine espèces d'oiseaux, des chats, des renards, des escargots… selon le reportage du programme Météo à la carte intitulé "Découverte : le Père-Lachaise, un cimetière vivant".
Lorsque l'on passe devant la tombe de l'architecte Louis Visconti (photo ci-dessus), on constate une parfaite harmonie entre la nature et les sépultures. 
Louis Visconti fait partie du "secteur romantique" du cimetière. En effet, il est situé pas très loin d'artistes romantiques du XIXe siècle.

Tombe de Théodore Géricault

Comme artiste romantique présent au cimetière du Père-Lachaise, on peut citer le peintre Théodore Géricault (1791-1824). Le peintre est représenté - par Antoine Etex - allongé sur un socle nous informe Jacques Barozzi dans son ouvrage intitulé Secrets des cimetières de Paris. 


Détail de la sépulture

Sur le socle, on y trouve des bas reliefs qui s'inspirent de l'œuvre de Géricault tel que le Chasseur de la garde (photo ci-dessus) ou bien le Radeau de la méduse (photo ci-dessous).


Détail de la sépulture

Au cimetière du Père-Lachaise, on croise également le tombeau d'Eugène Delacroix ( 1798-1863) qui est beaucoup plus sobre.


Tombeau d'Eugène Delacroix

En outre, on trouve des mausolées qui parfois peuvent devenir des cénotaphes comme celle du compositeur Gioacchino Rossini (1792-1868).



Tombe de Rossini

En effet, Jacques Barozzi nous apprend que le corps du célèbre compositeur aurait été rendu à l'Italie en 1887. 

Tombe d'Alfred de Musset

Autre figure du romantisme, Alfred de Musset (1810-1857) est représenté à travers un buste de marbre blanc conçu par un certain Jean Barre nous précise Jacques Barozzi dans son ouvrage consacré aux cimetières parisiens. Sur le socle, on y trouve certains titres de ses œuvres (Lorenzaccio, le Caprice…) L'écrivain aurait demandé à être enterré près d'un saule pleureur, ce que le sol ne permet pas vraiment...ce qui pousse l'administration du cimetière à replanter l'arbre environ tous les quatre ans nous informe le Dictionnaire historique de Paris.

Sœur d'Alfred de Musset

Juste derrière la tombe du célèbre écrivain se trouve la sœur d'Alfred de Musset. Peut-être à t-elle meilleure vue sur le saule pleureur ?

Tombe d'Alexandre Falguière

Pour finir sur la balade romantique qu'offre le cimetière du Père-Lachaise, observons la tombe du sculpteur Alexandre Falguière (1831-1899). Ce que l'on remarque est surtout la sculpture de Laurent Marqueste qui représente une allégorie de l'Inspiration.


Quelques tombes célèbres

Tombe de Jim Morrison

On sait que le cimetière du Père-Lachaise attire de nombreux touristes du monde entier. Parmi les tombes célèbres, on peut citer celle de Jim Morrison (1943-1971), le chanteur des Doors. Les visiteurs viennent voir la tombe de Jim Morrison comme s'ils venaient voir la Joconde au musée du Louvre, sa tombe est un incontournable pour les touristes. Beaucoup de fans viennent s'y recueillir, y déposent des objets - lorsque que ce ne sont pas des chewing-gums mâchés collés sur la tombe d'à côté. La tombe du chanteur, souvent taguée, doit être protégée par une barrière et fait l'objet de pèlerinages au fil des ans selon une vidéo des archives de l'INA.

Tombe d'Allan Kardec

Caché sous un dolmen, on reconnaît le buste d'Allan Kardec (1804-1869), fondateur du spiritisme. Autrement dit, le théoricien qui fait venir des esprits autour de tables tournantes. Sa tombe serait la plus visitée selon Jacques Barozzi dans son ouvrage Secrets des cimetières de Paris. En tout cas, elle semble être la plus fleurie. Selon l'article de Pierre de Baudouin pour France 3 régions, on vient voir sa tombe dans l'espoir d'y exaucer des vœux. 

Tombe d'Oscar Wilde

Le cimetière du Père-Lachaise accueille en 1909, la dépouille d'Oscar Wilde (1854-1900) qui était depuis sa mort enterré modestement au cimetière de Bagneux. Nous voici face à un sphinx collé à un imposant socle gris protégé par une vitre. 
Pourquoi cette vitre ? Selon la base POP, une grande partie du cimetière est classée monument historique et cette œuvre de Jacob Epstein intitulée Flying demon angel conçue en 1912 en fait partie. Selon une publication de l'AFP parue dans l'Express, à l'origine le sphinx aurait perdu son sexe dans les années 1960. 

Flying demon angel

Dès des années 1990 on voit apparaître des traces de rouge à lèvres selon le site du Ministère de la Culture. À force de rougir, le monument commence à être endommagé par le gras contenu dans les rouges à lèvres. C'est en 2011 qu'à charge des descendants de l'écrivain, du gouvernement irlandais et des Monuments historiques français a été rénovée cette œuvre funéraire.


Tombe d'Alain Bashung

Aujourd'hui, c'est la tombe d'Alain Bashung (1947-2009) qui attire les bisous ! 

Tombe de Victor Noir

Pour terminer notre promenade au cimetière du Père-Lachaise, je vous propose d'observer la tombe de Victor Noir. Ce nom n'évoque peut être rien pour vous mais la tombe de ce mystérieux jeune homme est célèbre et attire les curieux.
Victor Noir (1848-1870) est journaliste anti-bonapartiste. Il meurt à l'âge de 21 ans d'un coup de pistolet tiré par un certain Pierre Bonaparte (cousin de Napoléon III) dans le cadre d'un duel. Victor Noir devient alors un symbole républicain.

Détail de la tombe de Victor Noir


Jules Dalou, nous précise Jacques Barozzi, représente Victor Noir en gisant avec son chapeau haut-de-forme. Le sculpteur met en relief une partie de son anatomie de manière expressive qui devient de fait, un symbole de fécondité. En effet, le bronze au niveau de l'entrejambe, des pieds et des lèvres du gisant est poli régulièrement par les visiteurs et visiteuses...

Notre balade au cimetière du Père-Lachaise s'achève ici. Toutefois, cette invitation au voyage n'est qu'une ébauche de ce que l'on peut voir au Père-Lachaise car d'autres sépultures valent le détour, sans oublier les monuments aux morts. Le cimetière du Père-Lachaise, c'est comme le musée du Louvre, on ne peut pas tout voir en une seule fois…



Le Nord de Paris, la Nouvelle Athènes et Montmartre

19, boulevard de Strasbourg, Xe arrondissement

Simone Weil (1909-1943)

D'après l'ouvrage de Claire Lemonnier, Elles ces Parisiennes. Promenades à la rencontre de femmes d'exception, on apprend que la philosophe Simone Weil (1909-1943) est née dans un appartement du 19, boulevard de Strasbourg à Paris.


1, rue de Metz, Xe arrondissement

L'immeuble du 19, boulevard de Strasbourg forme un angle avec le numéro 1 de la rue de Metz. Cet édifice est occupé par l'entreprise de bonneterie Gaston Verdier dont on peut encore voir la porte d'entrée (photo ci-dessus).

Détail de la façade

On remarque la présence de têtes de lion et surtout de mosaïques typiques du style Art déco. Les mosaïques sont l'œuvre des céramistes Gentil & Bourdet comme nous l'indique la façade.
À la naissance de la philosophe, la façade Art déco que l'on peut dater des années 1920 n'existait pas encore.

Façade côté 1, rue de Metz

Sur la façade, le monogramme G et V rappelant le nom de l'entrepreneur apparaît à plusieurs reprises.

La Nouvelle Athènes

Vue de la rue d'Aumale, IXe arrondissement

Entre la gare Saint-Lazare et le sud de Pigalle se trouve un lotissement que l'on appelle la "Nouvelle Athènes". Nous sommes dans le IXe arrondissement et plus précisément du côté de la rue Blanche, de la rue Saint-Georges, de la rue d'Aumale etc.

Angle de la rue Taitbout et de la rue d'Aumale

C'est un quartier un peu à part dans la capitale qui va naître autour des années 1820. L'expression de Nouvelle Athènes apparaît en 1823 selon un journaliste de l'époque. Ce quartier a la particularité de présenter une architecture néo-grecque antiquisante. Les édifices que l'on peut encore admirer aujourd'hui ont été conçus pour des artistes peintres, des acteurs, des écrivains et des hommes politiques. Il faut avoir à l'esprit qu'à cette époque, il n'y avait rien si ce n'est des champs et des vignes nous précise l'historien et chroniqueur Frédérick Gersal dans le programme Paname diffusé sur France 3 TV. 

Détail du 15, rue d'Aumale

Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, le fronton situé au-dessus des fenêtres est doté d'une palette de peintre.

Très vite, les artistes vont être attirés par ce nouveau quartier. En effet, le Dictionnaire historique de Paris, nous apprend par exemple que le comédien Talma (1763-1826) aurait vécu au 9, rue de la Tour-des-Dames. Talma est considéré comme un grand tragédien au XIXe siècle. Il aurait été l'acteur préféré de Napoléon Bonaparte nous précise Franck Gersal.

1, rue de la Tour-des-Dames

Autre figure du théâtre de la Comédie française de la première moitié du XIXe siècle, Mademoiselle Mars (1779-1847) qui habite le numéro 1 de la rue de la Tour-des-Dames et organise ses soirées. Cet édifice, classé Monument Historique aurait été construit en 1820 selon la base POP.
On reconnait le style grec avec sa porte d'entrée aux colonnes doriques.




80, rue Taitbout, IXe arrondissement

Derrière la façade du 80, rue Taitbout se cache le square d'Orléans. 

Détail d'une façade du square d'Orléans

Nous sommes ici sur le terrain acheté notamment par Mademoiselle Mars qui fait construire en 1829  un édifice dont on peut voir l'une des façades sur la photo ci-dessus. Nous sommes toujours dans le style grec avec les colonnes ioniques autour des fenêtres. L'architecte serait un certain Edward Crésy selon le Dictionnaire historique de Paris.

Sous une entrée du square d'Orléans

Toujours selon le Dictionnaire historique de Paris, en 1842 l'écrivaine George Sand emménage au numéro 5 et le compositeur Chopin habite le n°9. Ils sont "rejoints" par le sculpteur Dantan, la danseuse Marie Taglioni, la cantatrice Pauline Viardot, Alexandre Dumas père et bien d'autres encore. On sait que ce phalanstère abrite des ateliers d'artistes, on peut donc supposer que des peintres y habitaient aussi.

Montmartre

Rue Lepic, XVIIIe arrondissement

Pour terminer notre balade chez les Parisiens célèbres, je vous emmène à Montmartre. Je ferai l'impasse sur les artistes peintres car ils ont déjà fait l'objet d'un chapitre consacré aux ateliers d'artistes. On sait que Montmartre a attiré de nombreux peintres de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle (Pablo Picasso, Toulouse-Lautrec, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo…). 


Le Passe-Muraille, sculpture de Jean-Marais inspirée de l'œuvre de Marcel Aymé

On sait que Montmartre a aussi attiré des écrivains : Marcel Aymé (dont la photo ci-dessus évoque le Passe Muraille) ; des musiciens comme Claude Nougaro ; des personnalités liées au cinéma et au spectacle telles que Claude Lelouch ou Michou. 
De nombreux gens célèbres ont habité et habitent encore Montmartre. Il est difficile d'évoquer toutes les célébrités montmartroises et il n'est pas rare de tomber sur un article de presse qui évoque l'appartement d'une célébrité. 


Dalida (1933-1987)

11bis, rue d'Orchampt, XVIIIe arrondissement

Claire Lemonnier, dans son ouvrage Elles ces Parisiennes. Promenades à la rencontre de femmes d'exception, nous apprend que Dalida  a vécu au 11bis, rue d'Orchampt. Toutefois, qui n'a pas déjà arpenté la rue d'Orchampt et remarqué cette magnifique maison avec la plaque commémorative ?
Ce que l'on sait moins est que l'écrivain Louis-Ferdinand Céline y aurait vécu avant la Libération nous précise l'article de Fanny Guénon des Mesnards pour le magazine AD.
Selon l'article, la chanteuse se serait installée dans la maison dès 1962 et ce, jusqu'à son décès en 1987.
Par la suite, la maison aurait été scindée en plusieurs appartements. 
La maison avec ses murs de briques marron nous renvoie à la Belle époque. Selon le frère de la chanteuse, Orlando, dans un article du Parisien, les grilles que l'on aperçoit de la rue ont été ajoutées car la chanteuse étaient souvent importunée alors qu'elle avait trouvé refuge dans cette maison pour y trouver le calme.

Statue de Dalida sur la place qui porte son nom

Toujours selon l'article du Parisien, en 1997 on inaugure le buste de Dalida par le sculpteur Alain Aslan. Ce buste connaitrait le même sort que le gisant Victor Noir du Père-Lachaise …

Cimetière de Montmartre

Cimetière de Montmartre

Selon Jacques Barozzi dans son ouvrage intitulé Secrets des cimetières de Paris, le cimetière de Montmartre est le cimetière du Nord de Paris. Ouvert en 1825, le cimetière de Montmartre constitue le troisième plus grand cimetière de la capitale par sa superficie avec ses 10,48 hectares nous précise le panneau de la Ville de Paris. 
Du fait de sa situation géographique, le cimetière de Montmartre accueille beaucoup de personnalités du monde du spectacle, des compositeurs, des danseurs d'opéras notamment de la seconde moitié du XIXe et du XXe siècle.

Vue du cimetière

Ce cimetière peut parfois faire penser à celui du Père-Lachaise par son terrain escarpé, ses arbres et ses nombreuses sculptures. 


Tombe de Paul Poiret

Autre point commun avec le cimetière du Père-Lachaise, la prolifération de chapelles comme celle du couturier Paul Poiret (1879-1944) qui a libéré les femmes du corset dès 1906.


Tombe de Jules Castagnary

La particularité du cimetière de Montmartre est le pont Caulaincourt aérien en acier - typique de la fin du XIXe siècle - qui traverse une partie de la nécropole, ce qui est unique à Paris. Si vous souhaitez voir la tombe du journaliste Jules Castagnary (1830-1888), celle-ci sera ombragée par le pont.


Détail de la sépulture

Cependant, rien ne vous empêche d'admirer le buste en bronze du journaliste sculpté par Rodin (photo ci-dessus).


Tombe de Gustave Guillaumet

Au cimetière de Montmartre, on remarque la présence de nombreuses sculptures notamment celle de Louis-Ernest Barrias pour la tombe du peintre Gustave Guillaumet (1840-1887).  La sculpture, intitulée La fille de Bou Saâda représente une jeune fille orientale - le peintre Gustave Guillaumet étant connu pour ses œuvres réalisées en Algérie.

Tombe de Jean-Baptiste Greuze

Au cimetière de Montmartre, vous tomberez sur la sépulture du peintre Jean-Baptiste Greuze (1725-1805). Comme nous le précise Jaques Barozzi dans son ouvrage consacré aux cimetières parisiens, le peintre, mort en 1805, serait enterré avant même la création du cimetière !

Détail de la sépulture

Selon l'ouvrage Secrets des cimetières de Paris, le sculpteur de cette sépulture serait Ernest Dagonet (1856-1926).  La tombe de Jean-Baptiste Greuze accueille la descendance du peintre (photo ci-dessus). Il est possible que les filles du peintre aient déplacé la dépouille de leur père au cimetière de Montmartre et demandé au sculpteur d'orner la tombe de la famille.
Outre la palette qui rappelle que Jean-Baptiste Greuze était peintre, la sculpture représente un buste du peintre, inspiré de l'un de ses autoportraits. 

Détail de la sépulture

Quant à la jeune fille que l'on voit avec une cruche, on pourrait penser que c'est l'une des filles du peintre qui est représentée. Or, il s'avère que la sculpture illustre le personnage du tableau de Jean-Baptiste Greuze intitulé La cruche cassée que l'on peut admirer au musée du Louvre.

Cénotaphe d'Emile Zola

 Au cimetière de Montmartre, vous croiserez de grands écrivains du XIXe siècle. La tombe d'Emile Zola (1840-1902) - ou plutôt son cénotaphe car sa dépouille a été transférée au Panthéon en 1908 - est facilement visible. On peut lire sur sa tombe le nom de l'architecte qui a conçu le monument funéraire. Il s'agit de Frantz Jourdain à qui l'on doit les bâtiments de la Samaritaine.

Tombe de Théophile Gautier

Autre grand poète et écrivain du XIXe siècle, Théophile Gautier (1811-1872) qui est enterré au cimetière de Montmartre.
Sa tombe est ornée d'une sculpture qui représente un personnage féminin dotée d'une plume. À ses côtés, on aperçoit le portrait de Théophile Gautier en médaillon et sur le socle, on observe une lyre. On peut en déduire qu'il s'agit de la représentation de Calliope, muse de la poésie. Cette sculpture serait l'œuvre du sculpteur Cyprien Godebski. 

Tombe d'Alexandre Dumas fils

Il est difficile de ne pas remarquer la tombe d'Alexandre Dumas fils (1824-1895). Il s'agit bien du fils d'Alexandre Dumas père qui lui est enterré ailleurs avant sa panthéonisation. 

Tombe d'Alexandre Dumas fils

L'auteur de La dame aux camélia est représenté en gisant dans un mausolée ouvert par le sculpteur René de Saint-Marceaux, le même sculpteur qui a réalisé la tombe de Félix Faure que l'on a vu auparavant au cimetière du Père-Lachaise.


Tombe d'Alphonsine Duplessis et de Jean-Claude Brialy

Le cimetière de Montmartre a la particularité d'attirer des personnalités du monde du spectacle.
La courtisane Alphonsine Marie Duplessis, comtesse de Perregaux (1824-1847) qui a inspiré le personnage de Marguerite, La dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils est elle aussi enterrée au cimetière de Montmartre.
Sur la tombe de la demi-mondaine, outre son monogramme le "A" d'Alphonsine accolé au "P" de Perregaux, on aperçoit des traces de rouge à lèvres…
Pour finir sur une note plus romantique, des admirateurs ont posé deux roses rouges et deux roses blanches, une allusion à La Dame aux camélias. Même décédée, "la dame aux camélias" a encore des admirateurs !

Dans un tout autre registre, Jean-Claude Brialy (1933-2007) l'acteur et réalisateur aurait exprimé le souhait d'être enterré à côté d'Alphonsine Duplessis. C'est chose faite, ainsi, il est sûr d'être visité !

Tombe d'Edgar Degas

Il est plus facile de trouver la tombe d'une célébrité au cimetière du Montparnasse ou du Père-Lachaise qu'au cimetière de Montmartre. En effet, la juxtaposition des tombes et le relief du cimetière rendent les recherches difficiles. En observant la chapelle qui représente la famille de Gas, je ne m'attendais pas à voir celle du peintre et pourtant il s'agit bien de la sépulture d'Edgar Degas (1834-1917), le peintre impressionniste des danseuses d'opéras et des courses hippiques.


Portrait d'Edgar Degas

On reconnait bien le peintre impressionniste sur le portrait de la sépulture.
Au sol, des chaussons de danse ont vraisemblablement été déposés en offrande.


Tombe de Vaslav Nijinsky

On reste dans le domaine de la danse en admirant la tombe de Vaslav Nijinsky (1889-1950). Le "Clown de Dieu" considéré comme l'un des plus grands danseurs de la première moitié du XXe siècle est enterré au cimetière de Montmartre avec cette magnifique sculpture.


Tombe de Sacha Guitry

Autre grande figure du théâtre et du cinéma, Sacha Guitry (1885-1957) - ainsi que son père Lucien Guitry, comédien - est inhumé au cimetière de Montmartre. On ne peut pas rater sa tombe car celle-ci se trouve à l'entrée du cimetière et se démarque par la blancheur de sa pierre tombale.

Tombe de Dalida

Quelle tombe est la plus visitée au cimetière de Montmartre ? Selon Jacques Barozzi dans son œuvre Secrets des cimetières de Paris, la tombe de Dalida serait la plus visitée et la plus fleurie du cimetière.
D'autres figures de la chanson populaire sont enterrées au cimetière de Montmartre (Fred Chichin, Dick Rivers ou Carole Fredericks notamment) mais je vous laisse les découvrir.


Pour conclure, d'autres musées et immeubles où ont vécu des Parisiens célèbres sont à découvrir à Paris. Peut-être que des ajouts se feront par la suite. Quoi qu'il en soit, j'espère que cette invitation au voyage chez les peoples vous a plu et qu'elle vous a donné envie de (re)découvrir ces Parisiens célèbres! 


lundi 26 décembre 2022

PARIS LE LONG DE LA SEINE : Introduction

La Seine vue depuis la passerelle Debilly

Fluctuat nec mergitur (« Elle tangue mais ne sombre pas » selon le Dictionnaire historique de Paris) est la devise de Paris et pour cause, c'est de par la Seine que va se construire la ville de Paris au fil des siècles. Le rôle de la Seine va évoluer : d'un lieu utilitaire, elle va devenir un lieu de loisirs incontournable et un lieu emblématique. Ce n'est pas un hasard si c'est depuis la Seine que devrait se dérouler la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024. La Seine est la voie royale pour mettre en lumière ses monuments et son attractivité.

D'où vient la Seine ?

La Seine entre la rive gauche et l'Île de la Cité

Selon Nathalie Bloch-Pujo dans son ouvrage intitulé Paris au fil de la Seine dévoilé, on parle de la Seine mais en réalité, nous devrions appeler le fleuve de Paris, l'Yonne. En effet, d'un point de vue hydrologique, la Seine serait un affluent de l'Yonne. D'un point de vue étymologique, le mot « Seine » viendrait de sequana qui fait référence à une déesse gauloise.

Sous la Gaule, tout Paris va se construire autour de l'île de la Cité et la Seine va dès lors jouer un rôle protecteur de la ville.

Le rôle de la Seine au fil des siècles

Pont au Double

Depuis le Moyen-Âge, la Seine va avoir un rôle défensif et va être un lieu de vie pour les Parisiens.

Grâce à la Seine, on conçoit des lieux de commerces installés sur les ponts qui peuvent parfois être habités. Les ponts eux-mêmes deviennent un commerce puisqu'il faut payer pour traverser un pont. Sur la photo ci-dessus par exemple, on observe le pont au Double : le traverser coûtait 2 deniers sous l'Ancien régime, d'où le nom de pont au Double nous précise le panneau de la Ville de Paris.

Au quotidien la Seine est une eau que l'on boit, que l'on utilise pour cuisiner, pour se laver… Elle est aussi utilisée pour laver le linge, travailler le cuir nous apprend Guy Lambert dans son ouvrage intitulé Paris sur Seine. Vivre près de la Seine au Moyen-Âge signifiait clairement que l'on côtoyait les mauvaises odeurs.

Embellir Paris

Quai de Bourbon, Île Saint-Louis

C'est dès le XVIe siècle que les rois de France vont se soucier d'embellir Paris : Henri IV inaugure le pont Neuf ; au XVIIe siècle on construit des pompes à eau pour alimenter les fontaines royales, on bâtit des hôtels particuliers dans le quartier du Marais et sur l'Île Saint-Louis ; au XVIIIe siècle, les bateaux à vapeur font leur apparition ; puis au XIXe siècle, on crée le canal Saint-Martin et le canal de l'Ourq notamment pour limiter les embouteillages fluviaux.

Sous le Second Empire, la Seine devient une vitrine

Tour Eiffel et pont Alexandre III

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, on a le souci de dépolluer la Seine notamment en reléguant les professions liées au cuir vers la périphérie – en l'occurrence, vers la Bièvre qui est entièrement recouverte aujourd'hui – dans un souci d'hygiène.

En outre, la Seine va devenir un lieu de festivités lors des expositions universelles : on construit des ponts prestigieux tel que le pont Alexandre III, la tour Eiffel, le Grand Palais etc.

En même temps, on crée le concept de bateau-mouche que Paris va conserver pour se balader sur la Seine.

Voie Georges Pompidou

Toujours selon Guy Lambert dans son ouvrage intitulé Paris sur Seine, en 1967 on inaugure une voie express sur la Rive droite appelée voie Georges Pompidou. À l'époque, il était question d'en créer d'autres dans le centre de Paris. Fort heureusement, les défenseurs du patrimoine ont gagné et dès lors les Parisiens vont se réapproprier les bords de Seine.

Comme on peut le voir sur la photo, l'ancienne voie express est désormais devenue piétonne depuis 2017.

La renaissance des berges de Seine au XXIe siècle

L'été 2002 est inaugurée la première édition de Paris Plages. L'idée est de fermer la voie express aux automobiles pendant un mois au profit d'une plage éphémère, de bars, d'animations ludiques et sportives. Cette manifestation culturelle est un véritable succès. Les Parisiens redécouvrent enfin les bords de Seine.

C'est ainsi qu'en 2017 on crée le concept du Parc des Rives de Seine qui rend piétonne l'ancienne voie Georges Pompidou toute l'année. Qui plus est, dans un souci de dépolluer la Seine, on va faire en sorte de pouvoir réaliser des activités sportives sur la Seine : la pratique de l'aviron, du pédalo du côté de la Villette notamment. N'oublions pas que la Seine doit être la plus propre possible pour les JO de 2024 ! Selon Madeleine Leveau-Fernandez dans son ouvrage intitulé Paris histoires d'eaux, il est prévu de pratiquer les épreuves nautiques de triathlon sur la Seine lors des jeux olympiques.

Canal Saint-Martin

Le parcours que je vous propose ici commence dans l'Est parisien et ses vestiges de son passé industriel qui côtoie la modernité, puis une balade dans le centre de Paris de pont en pont, puis la Seine de l'Ouest parisien.

La Seine traverse Paris sur 13 km. Pour ce thème, je ne me suis pas limitée à Paris intra-muros. Après m'être embarquée sur les bords de Marne en 2020, je me suis intéressée cette année à la banlieue Ouest où coule la Seine jusqu'à l'Île des Impressionnistes à Chatou.

Bibliographie

  • Jean-Marc LARBODIERE, Ponts de Paris. Découverte et histoire. Guide découverte du Patrimoine, Massin (2017)
  • (Dir) Nathalie BLOCH-PUJO, Paris au fil de la Seine dévoilée, Les carnets des guides bleus, Les lieux se racontent, Hachette (2018)
  • Madeleine LEVEAU-FERNANDEZ, Paris histoires d'eaux, Les Essentiels du patrimoine, Éditions Massin (2018)
  • Pierre FAVETON et Pierre NICOU, Le grand Paris et ses îles, Les Essentiels du patrimoine, Éditions Massin (2017)
  • Guy LAMBERT, Paris sur Seine, Itinéraires, Éditions du Patrimoine. Centre des Monuments Nationaux (2019)
  • (Dir) Roseline de AYALA, Dictionnaire historique de Paris, Le Livre de Poche, La Pochotèque (2013)
  • Dominique LESBROS, Curiosités de Paris. Inventaire insolite des trésors minuscules, Parigrammes (2012)
  • Jacques HILLAIRET, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de Minuit (1963)

Sur le Front de Seine :

  • René GALY-DEJEAN, Le Front de Seine, Paris XVe , Éditions Hervas (1994)

Dans la presse :

  • « Dans les coulisses du nouveau tribunal de Paris », de Pascal Egré publié dans Le Parisien 15/04/2018
  • « Paris : pour les riverains le pont des Arts “a perdu de son charme” », de Clara Hage, publié dans Le Parisien, le 07/11/2021
  • « L'Exposition universelle le triomphe de 1900 », de Philippe-Enrico Attal, publié dans Paris. De Lutèce à nos jours, N°13 juin-juillet-août 2016
  • « La crue du siècle inonde Paris (janvier 1910) », de Philippe-Enrico Attal, publié dans Paris. De Lutèce à nos jours, N°9 juin-juillet-août 2015

Sur Internet :

Au fil de la lecture, des liens hypertextes vous sont proposés. Certains mènent à la page Wikipedia consacrée à une personne (souvent un architecte ou un ingénieur), d'autres font référence à des thèmes déjà abordés dans ce blog.

PARIS LE LONG DE LA SEINE : L'Est parisien : des vestiges du passé industriel aux grandes transformations

Nous allons voir ici que la Seine est le témoin de la désindustrialisation de Paris et comment l'ancien côtoie le moderne.

Immeubles du quai Panhard et Levassor

Vestiges du passé industriel

Lorsque l'on traverse le pont National ou bien lorsque l'on longe la Seine dans le XIIIe arrondissement, on ne peut que constater de grandes œuvres architecturales récentes. Le Paris Rive Gauche ou plus communément appelé le « quartier de la BNF » par les Parisiens a connu de grands chantiers et de grandes transformations ces 30 dernières années. Ces chantiers, gérés notamment par la SEMAPA ont donné naissance à des sièges sociaux d'entreprises, des universités – celle de Diderot – à des commerces, des habitations…

Ces œuvres architecturales, telles que les tours Duo de Jean Nouvel que l'on aperçoit en arrière plan dans la photo ci-dessus côtoient le vestige d'une ancienne usine (le bâtiment avec son toit en pignon et sa cheminée), celle de la SUDAC.

L'usine de la SUDAC, entreprise de distribution d'air comprimé date de 1891. L'usine a fermé en 1994 selon la Plateforme Ouverte du Patrimoine (POP anciennement base Mérimée) mais le bâtiment, classé monument historique est encore debout. Selon Guy Lambert dans son ouvrage intitulé Paris sur Seine, l'usine de la SUDAC serait l'ultime témoignage de l'architecture métallique du XIXe siècle au moins dans ce quartier encore en chantier.

Nouveau quartier du Paris Rive Gauche

Quai d'Austerlitz

Nous allons voir les transformations du quartier depuis la fin du XXe et le début du XXIe siècle. Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, la présence de la grue nous montre que le quartier est encore en travaux.

L'aventure commence avec la BNF

Bibliothèque Nationale de France François Mitterrand

Ouverte en 1996, la Bibliothèque Nationale de France François Mitterrand est visible depuis la Seine avec ses quatre grands livres ouverts et sa plateforme de bois. Selon l'article du Journal des Arts sur sa version en ligne, il est question de trouver un lieu pour agrandir les collections et de moderniser la conservation des documents à l'heure du numérique. La BNF, conçue par l'architecte Dominique Perrault est le point de départ de la reconstruction du nouveau quartier de la rive gauche qui va se poursuivre avec l'ouverture de la ligne 14 du métro, l'édification de sièges sociaux, d'un multiplexe de cinéma, des résidences, etc.

Passerelle Simone de Beauvoir

Passerelle Simone de Beauvoir qui mène tout droit à la BNF

Autre œuvre majeure du nouveau quartier de la BNF, la passerelle Simone de Beauvoir inaugurée en 2006.

Passerelle Simone de Beauvoir vue depuis le quai François Mauriac

Cette passerelle, très fine et élégante mérite le détour car elle a la particularité d'être ondulée et ne repose sur aucune pile contrairement à la plupart des ponts de Paris.

Construite en acier et en bois de chêne – qui vient des arbres qui ont péri lors de la tempête de 1999 selon Jean-Marc Larbodière dans son ouvrage Ponts de Paris – la passerelle est une œuvre de Dietmar Feichtinger. L'architecte a édifié un pont uniquement pour les piétons, les cyclistes et les rollers.

Parc de Bercy

La passerelle Simone de Beauvoir relie deux lieux de culture : la BNF et le cinéma MK2 côté XIIIe arrondissement d'une part, et le parc de Bercy (photo ci-dessus) et la cinémathèque côté XIIe arrondissement d'autre part.

Péniches et piscine Joséphine Baker

Péniche Le Petit Bain et la piscine Joséphine Baker

Depuis notre fine passerelle, nous pouvons apercevoir de nombreuses péniches notamment celle du Petit Bain (à gauche sur la photo ci-dessus) et la piscine Joséphine Baker à droite.

Le long du quai François Mauriac se trouvent de nombreuses péniches accessibles qui ne sont pas forcément de simples bars à cocktail. Une vie culturelle existe sur ces péniches, c'est le cas du Petit Bain. Cette barge flottante propose une programmation musicale, un site de restauration et un lieu de rencontres autour de son potager suspendu.

Piscine Joséphine Baker

Guy Lambert nous apprend dans son œuvre Paris sur Seine que la piscine flottante Joséphine Baker a été inaugurée en 2006. Il s'agit tout simplement d'un bassin construit sur une péniche.

Les Parisiens n'avaient pas connus de piscine flottante depuis la destruction en 1993 de la piscine Deligny. Cette inauguration a été vécue comme un phénomène en ce début de siècle.

Toutefois, l'historien précise que l'idée d'édifier des piscines flottantes n'est pas nouvelle puisque dès le XVIIIe siècle on crée des « bateaux-bains » dont l'eau est puisée dans la Seine pour y nager. C'est à partir de ces établissements que vont naître les premières piscines au XIXe siècle.

Bercy

Pont de Bercy

Sur la photo ci-dessus, nous sommes sur le pont de Bercy, œuvre du XIXe siècle d'où l'on peut voir le Ministère de l'Économie et des Finances construit en 1989.

Pont de Bercy

Pont de Bercy

Jean-Marc Larbodière, dans son ouvrage Ponts de Paris, nous informe de la construction en pierre de taille du pont de Bercy sous le Second Empire. On constate sur la photo ci-dessus, la présence du « N » et de la couronne de laurier, symboles du style impérial dans un médaillon situé au-dessus de chaque pile.

Pont de Bercy avec son viaduc

La construction de la ligne 6 du métro oblige l'édification d'un viaduc situé au-dessus du pont existant.

Pont de Bercy avec ses pistes cyclables

Nouvelles transformations : en 1989, le pont est élargi puis devient ouvert aux cyclistes sous le viaduc au XXIe siècle.

Sous le pont de Bercy

Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, la partie en béton est juxtaposée à la partie en pierre de taille.

Ministère de l'Économie et des Finances

Bâtiment Colbert du Ministère de l'Économie et des Finances

En 1989, les architectes Paul Chemetov et Borja Huidobro achèvent le nouveau bâtiment du ministère de l'Économie et des Finances. Une partie, nommée bâtiment Colbert selon le site du ministère, est perpendiculaire à la Seine. Sous l'immeuble, on aperçoit la navette fluviale du ministère.

Cité de la Mode et du design

Cité de la Mode et du Design, 34, quai d'Austerlitz

En vous baladant dans ce nouveau quartier toujours en pleine mutation, vous croiserez un curieux bâtiment en béton armé doté de tubes verts. Il s'agit de la Cité de la Mode et du Design, appelée aussi « Les Docks » créée en 2008 et conçu par Dominique Jakob et Brendan MacFarlane nous apprend Guy Lambert dans son ouvrage Paris sur Seine.

Ce lieu – d'où vous pourrez avoir une vue magnifique de la Seine depuis son rooftop – a été conçu à la place d'anciens entrepôts de marchandises selon Madeleine Leveau-Fernandez dans son œuvre Paris histoires d'eaux. Toujours selon l'autrice, la partie en vert représenterait un serpent.

Viaduc d'Austerlitz

Viaduc d'Austerlitz

Pour admirer la Seine, vous avez la possibilité de prendre le métro entre les stations Quai de la Rapée et Gare d'Austerlitz sur la ligne 5. Selon Jean-Marc Larbodière dans son ouvrage Ponts de Paris, le viaduc d'Austerlitz a été construit en 1905 par les ingénieurs Louis Bette et Fulgence Bienvenüe.

Détail du viaduc

En plus du symbole de Paris avec son bateau au centre d'une ancre marine, on observe la présence de poissons.

Pile du viaduc d'Austerlitz

Selon la base POP, les sculptures que l'on trouve sur les piles du viaduc d'Austerlitz sont l'œuvre de Gustave Michel.

Au centre, une plaque indique le nom du viaduc. Au-dessus de cette plaque figure un mascaron à tête militaire pourvu d'un casque ailé. Le personnage est entouré de cordages et d'une sorte de pagaie. Cette représentation pourrait être le symbole d'Hermès, le dieu des voyageurs. Ici, on évoque le personnage d'un point de vue maritime, toutefois la gare d'Austerlitz est aussi juste à côté…

On remarque également la présence de bœufs aux extrémités de la colonne avec au centre le symbole de Paris. On pourrait expliquer la présence de l'animal bovin par le fait que le bœuf aurait pu être utilisé pour tracter les bateaux sur les chemins de halage.

Cet ouvrage, classé monument historique côtoie les immeubles modernes du quartier de la gare de Lyon juste en face.

Quai de la Rapée

Du port de l'Arsenal au canal Saint-Martin

Bassin de l'Arsenal

Il existe à Paris un port, celui de l'Arsenal situé entre la place de la Bastille et la Seine côté quai Henri IV.

Selon l'ouvrage de Jean-Marc Larbordière, Ponts de Paris, le bassin de l'Arsenal est issu d'un ancien bras de la Seine reconstitué afin de devenir un port de marchandises.

Bateau du bassin de l'Arsenal

En 1983, le port devient un port de plaisance et surtout un lieu de promenade avec son jardin.

Vivre sur une péniche ?

Bateaux du port de l'Arsenal

Aujourd'hui, il est possible d'habiter une péniche à Paris… si l'on en a les moyens. Il ne suffit pas d'acheter le bateau mais il faut aussi l'entretenir, utiliser une station d'épuration pour le traitement des eaux usées sans parler des taxes à payer aux Voies Navigables de France.

Si habiter sur une péniche vous tente vous pouvez toujours vous inscrire sur la liste d'attente car il y a beaucoup de demandes pour peu d'élus.

Canal Saint-Martin, passerelle Richerand

Je vous propose de quitter le fleuve un instant afin de faire une petite balade pédestre sur les boulevards Richard Lenoir et Jules Ferry. Il faut imaginer qu'à l'origine le canal était visible sous ces boulevards. Nous arrivons tout droit vers le canal Saint-Martin.

Selon Jean-Marc Larbodière dans son ouvrage Ponts de Paris, on apprend que le canal Saint-Martin a été créé en 1820 pour d'une part, alimenter les fontaines de Paris et d'autre part, pour permettre aux péniches de traverser Paris sans avoir à franchir de ponts sous l'ère industrielle car la navigation sur la Seine commence à saturer.

En 1861, l'ingénieur Eugène Belgrand décide de recouvrir le canal côté Bastille. Ce qui explique la partie bétonnée (néanmoins transformée en promenade verte) entre la place de la Bastille et le quartier de la place de la République.

Passerelle de la Grange Aux Belles

Sur le canal Saint-Martin on y construit des écluses.

Écluse du Temple

Selon un article du Parisien, l'idée de découvrir à nouveau la partie plantée aurait été plusieurs fois évoquée mais cette opération coûterait beaucoup trop cher à la Ville de Paris.

Passerelle Bichat

Le canal Saint-Martin est pour beaucoup de riverains, un lieu de promenade, de pique-nique et il n'est pas rare de croiser des pêcheurs.

Quai de Valmy

Il est tout à fait possible de pêcher dans la Seine. En effet, depuis que l'on met tout en œuvre pour chasser les déchets polluants de la Seine, les poissons – qui avaient disparu – font leur retour : brochets, carpes, barbeaux, sandres et silures habitent la Seine. Si vous faites partie officiellement d'une fédération, vous avez l'autorisation de pêcher des poissons. En revanche, ne vous attendez pas à manger ces poissons dans l'un des restaurants du quartier ! Ces petites bêtes sont impropres à la consommation nous précise Jean-Marc Larbodière dans son ouvrage consacré aux ponts de Paris.

À ne pas manquer dans le quartier :

Hôtel du Nord, 102, quai de Jemappes

« Atmosphère, atmosphère ! »

Selon Madeleine Leveau-Fernandez dans son ouvrage Paris histoires d'eaux, le canal Saint-Martin sert de décor au film Hôtel du Nord de Marcel Carné même si le quartier a été entièrement reconstitué aux studios de Billancourt par Alexandre Trauner.

La façade que l'on voit dans la photo ci-dessus date de 1912. Restauré dans les années 1980, l'immeuble est sauvé grâce à son classement aux Monuments Historiques.