dimanche 10 avril 2016

Paris invite le monde : Expositions universelles et coloniales

Les expositions universelles (appelées encore aujourd'hui « expositions internationales ») et les expositions coloniales de la seconde moitié du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle ont laissé quelques traces architecturales intéressantes.
Nous aborderons d'abord les expositions universelles dans un premier temps, puis les expositions coloniales dans un deuxième temps.

Expositions universelles

Petit historique des Expositions universelles


Les expositions universelles sont nées avec la Révolution Industrielle, c'est-à-dire en plein XIXe siècle. Elles permettaient à l'origine d'exhiber aux visiteurs les dernières prouesses technologiques et industrielles. On considère l'exposition universelle de 1851 à Londres comme étant la première exposition de ce type car elle s'adressait au monde alors qu'auparavant, les foires étaient plutôt locales.
L'exposition anglaise va inspirer l'empereur Napoléon III qui va faire de cet événement un acte politique. En effet, ces expositions permettent de mettre en avant toutes les prouesses agricoles et technologiques. L'exemple le plus connu est la Tour Eiffel, construite dans ce contexte.
On dénombre pas moins de sept expositions universelles (puis coloniales) entre le Second Empire (1851) et la fin de la IIIe République (1940) dans notre capitale.
En outre, il faut aussi savoir qu'organiser une exposition universelle est l'occasion de construire des hôtels ou d'embellir la ville. On peut citer le parc des Buttes-Chaumont qui a été inauguré dans le cadre de l'Exposition de 1867, par exemple.

Comment s'organise une exposition universelle?
Lors d'une exposition, chaque pays est invité à présenter des objets. L'exposant est abrité dans un pavillon dont le décor est représentatif de son pays. Ce sont ces pavillons qui nous intéressent ici.

Contrairement à la tour Eiffel, la plupart des ces pavillons ont été détruits car conçus uniquement pour ces expositions. Heureusement quelques industriels et passionnés ont racheté quelques-un de ces pavillons aujourd'hui disséminés dans toute l'Île-de-France. Nous aborderons une partie de ces vestiges pour de belles idées ballades !
Sur le thème des expositions universelles, je me suis basée essentiellement sur l'œuvre de Sylvain Ageorges, Sur les traces des Expositions Universelles. 1855 PARIS 1937. La recherche des pavillons et des monuments oubliés. Parigramme, 2006.

Isba de Saint-Cloud (Exposition Universelle de 1867)
15, rue des Ecoles, 92210 Saint-Cloud


Façade d'une isba
L'émission Des Racines et des Ailes nous apprend qu'à Paris, il existe un lotissement de maisons russes appelées Isbas. Situées Villa Beauséjour dans XVIe arrondissement, ces villas au nombre de trois ne sont malheureusement plus ouvertes au public de nos jours. Heureusement, la ville de Saint-Cloud dispose de la quatrième villa rescapée de la destruction. Le périodique clodoaldien n°290 publié en 2012 date cette isba de 1867, date à laquelle la Russie était mise à l'honneur. D'autres sources —  dont celle de Sylvain Ageorges — évoquent la date de 1889 mais il est fort probable que l'isba ait été démontée à plusieurs reprises puisque ces décors étaient souvent démontés puis montés à nouveau tels des Lego©.

Détail de la façade

Une isba est une maison traditionnelle russe construite entièrement en bois qui peut faire penser à un chalet.

Pavillon de la Suède et de la Norvège (Exposition Universelle de 1878)
178, boulevard Saint-Denis - 92400 Courbevoie


Façade arrière du pavillon
Le pavillon de la Suède et de la Norvège, conçu par Henrik Thrap-Meyer abrite en 1878 des horloges, des instruments de météorologie, de la céramique, de la verrerie… Aujourd'hui, ce pavillon constitue le musée Roybet Fould que vous pouvez visiter à Courbevoie, à deux pas de la capitale.
Le pavillon est constitué de deux chalets reliés par une galerie pour symboliser l'union de ces deux pays.

Détail du chalet suédois

Toute la façade arrière et l'intérieur du pavillon sont entièrement conçus en bois. Malgré l'austérité du bois brun, la façade est égayée par de jolies lattes de bois rouge et des frises jaunes au motif végétal.
Fenêtre
Sur la façade avant du musée, un panneau nous précise que le bois a été transporté de la ville de Christiana en Norvège par bateau jusqu'à Paris. En 1880, ce chalet est accolé à un pavillon datant du XIXe siècle (photo ci-dessous) où le musée Roybet-Fould voit le jour.


Façade avant du musée Roybet-Fould

Pavillon des Indes (Exposition Universelle de 1878)
142, boulevard Saint-Denis - 92400 Courbevoie

Pavillon des Indes

À deux pas de la maison scandinave, vous trouverez le pavillon des Indes britanniques. Ce pavillon érigé par Caspar Purdon Clarke est une commande du prince de Galles, futur Edouard VII, qui souhaite alors exposer ses collections d'objets d'art indien. Selon un article du Journal du Dimanche des artisans indiens auraient construit ce pavillon qui peut rappeler le Taj Mahal. Ce dernier était à l'origine beaucoup plus grand.
L'exposition terminée, le pavillon est démonté puis scindé en deux avant d'être vendu aux enchères pour servir de maison de location à la commune de Saint-Malo d'une part et acheté par un aristocrate, le prince Stirbei à Courbevoie d'autre part. Le pavillon de Saint-Malo n'aurait pas supporté le climat breton puisqu'une tempête abîme une grande partie de cette propriété au début du XXe siècle.
Détail de la façade
La partie que l'on peut visiter tout près du parc de Bécon de Courbevoie a été restaurée et inaugurée en 2013.
Le pavillon des Indes vu depuis son entrée
Vers 1880, le pavillon des Indes est accolé à une maison de briques qui sert d'atelier d'artiste. Sa structure en bois lui permet d'être facilement montable et démontable telle un Légo©. De ce fait, lors de sa reconstruction, le rez-de-chaussée est devenu le 1er étage et vice-versa pour des raisons de hauteur selon le livre de Sylvain Ageorges. De nos jours, le rez-de-chaussée sert d'historique de l'édifice alors que le 1er étage est simplement une reconstitution.
En 1951, la Ville de Courbevoie rachète l'édifice que l'on peut visiter aujourd'hui. En 1987, le pavillon des Indes est inscrit aux monuments historiques.

Intérieur du 1er étage du pavillon des Indes
Depuis le 1er étage, on aperçoit la Tour Eiffel (que son propriétaire ne pouvait pas encore voir en 1880 lors de son achat!).

Détail du 1er étage
L'intérieur fait plus penser à l'Asie en général qu'à l'Inde mais le mobilier est tout fait remarquable.

Plafond du 1er étage
Les visites guidées permettent de connaître en détail l'histoire de l'édifice mais aussi celle des propriétaires amateurs de curiosités.

Table et chaises asiatiques

On peut admirer un très joli salon, le dépaysement est garanti !

Pavillon des Indes avec les bulbes dorés
Contrairement aux panneaux, les bulbes dorés que l'on aperçoit ne sont pas d'origine. Le prince Stirbei qui racheté l'édifice les a quelque peu modifiés. Ce qui explique la forme qui fait plus penser aux bulbes visibles en Europe de l'Est qu'en Inde (le prince Stirbei est Roumain).

Jardin tropical de Paris (Exposition Coloniale de 1907)

Expansion coloniale

Avant d'évoquer l'Exposition coloniale de 1907, il est important de présenter le jardin tropical de Paris.

Le jardin de tropical de Paris (appelé aussi « jardin agronomique ») est situé du côté Est du bois de Vincennes. Bien qu'intégré localement dans le Val de Marne nous sommes dans un parc parisien, la Ville de Paris ayant acquis les lieux en 2003.
Créé à la fin du XIXe siècle, le jardin a pour vocation de produire des plantations issues des colonies, puis de les réexpédier accroissant ainsi sa production…

En 1907, on y organise une exposition visant à dévoiler à un large public les richesses issues des colonies françaises. De cette exposition vont apparaître quelques pavillons dont il reste aujourd'hui quelques vestiges. La plupart de ces pavillons sont en très piteux états car laissés à l'abandon après l'Exposition de 1907, d'autres ont été victimes d'actes de vandalisme ou d'intempéries dont la tempête de 1999.

On distingue une partie asiatique d'une partie africaine.


Porte chinoise à l'entrée du parc

D'emblée, les promeneurs se trouvent nez à nez avec une belle et impressionnante porte chinoise. L'ensemble des sources que j'ai utilisées ne certifie pas l'année exacte de l'édification de cette porte. Toutefois, il est certain que son bois provient bel et bien d'Asie.

La serre du Dahomey

Serre du Dahomey

La serre du Dahomey (actuel Bénin) serait issue de l'Exposition universelle de 1900. Selon l'œuvre de Sylvain Ageorges, cette serre a permis de planter des plantes issues d'Inde, de Chine et d'Amérique (du café, du thé, du caoutchouc, benjoin…) et a été présentée en 1907. Selon le panneau du jardin, des poteaux entouraient à l'origine cette serre.

Pavillon du Congo

Vestiges du pavillon du Congo
Cette photo montre ce qu'il reste du pavillon du Congo. L'œuvre de Sylvain Ageorges date l'édifice de 1900, démonté puis remonté pour l'Exposition de 1907. Victime d'un incendie en 2004, alors qu'il avait déjà survécu à la tempête de 1999 (contrairement à d'autres pavillon du jardin) le pavillon du Congo est resté envahi par sa végétation. Même s'il est classé monument historique, il n'est pas prévu à ce jour de rénovation.


Kiosque forestier de la Réunion

Façade du kiosque

Comme ses prédécesseurs, cet édifice a été construit en 1900, puis reconstruit pour l'Exposition de 1907. Selon les informations officielles du jardin, l'édifice aurait servi de bar dans un premier temps afin de permettre aux visiteurs de goûter aux produits coloniaux, en l'occurrence le rhum. Pourtant, en 1907, l'édifice aurait servi de poste de secours, avant de devenir un lieu de stockage d'objets précieux durant la Première Guerre Mondiale.

Le pavillon de l'Indochine

Pavillon de l'Indochine

L'édifice a été construit en 1907 afin de représenter les produits végétaux, animaux et minéraux issus du Cambodge, du Laos, du Tonkin, de la Cochinchine et de l'Annam. En 1960, il abrite un laboratoire. Restauré en 2011, le pavillon est classé monument historique.

Le pavillon de la Guyane


Façade du pavillon de la Guyane

Construit en 1907, ce pavillon aurait permis aux visiteurs de l'Exposition notamment de montrer comment extraire de l'or. Vers 1925, ce pavillon devient un laboratoire agronomique.

Le pavillon de la Tunisie

Pavillon de la Tunisie

Édifié en 1907, le pavillon de la Tunisie aurait abrité des étudiants pendant de nombreuses années avant d'être abandonné, nous précise l'œuvre de Sylvain Ageorges.

La pagode indochinoise

Façade de la pagode indochinoise
Cette pagode, selon les sources officielles du jardin, daterait de 1907 afin de servir de salon de thé d'Annam. Dès 1919, le pavillon devient un lieu de culte vietnamien. Après un incendie, le temple est reconstruit en 1992.

Outre les pavillons construits pour l'Exposition coloniale de 1907, les promeneurs peuvent voir divers monuments tel que l'esplanade du Dinh qui fait référence au Vietnam.

Esplanade du Dinh et urne funéraire

La page Wikipedia consacrée au Jardin agronomique évoque un « village indochinois ».

Piège à tigre


Vue du pont Khmer
Pour pénétrer dans le « village », les promeneurs pourront longer le pont Khmer (photo ci-dessus) avant d'emprunter le pont tonkinois (photo ci-dessous) pour en ressortir.

Pont tonkinois

Le jardin tropical, lieu de mémoire

Monument aux Cambodgiens et Laotiens morts pour la France

Ce jardin est également pourvu de monuments aux morts pour ne pas oublier que des soldats d'outre-mer et des colonies se sont battus pour la France lors de la Première guerre mondiale.
Stèle

Une simple stèle rappelle qu'un édifice a servi d'hôpital durant la Première guerre mondiale. Selon les panneaux officiels, une mosquée avait été érigée afin de permettre aux blessés de confession musulmane de pouvoir prier. Cette petite stèle est tout ce qui reste de cet « hôpital-mosquée ».

Bien que classés monuments historiques, ces pavillons ne brillent pas par leur beauté. Ils sont laissés à l'abandon et l'on voit bien que la végétation a pris le dessus. Pourtant, la balade en vaut le détour. Tout d'abord, ce jardin est un lieu de charme et de tranquillité. Puis et surtout pour une raison historique : à travers ses pavillons issus des expositions universelles et par ses monuments aux morts, le Jardin agronomique est un lieu de mémoire et une page, certes peu glorieuse, de l'histoire de France mais un lieu qu'il est important de connaître pour ne pas oublier.

Palais de la Porte Dorée (Exposition coloniale internationale de 1931)

Façade du Palais de la Porte Dorée (aujourd'hui, Cité de l'Immigration)

En 1931 est inauguré le « Musée des colonies » situé à proximité de la Porte Dorée dans le XIIe arrondissement dans le cadre d'une nouvelle exposition coloniale.
Un édifice conçu dans un style Art déco est l'un des vestiges de cette manifestation.
Ce qui nous frappe d'emblée est cette monumentale frise sculptée sur laquelle on y voit des personnages à demi-nus, des animaux, des navires… Cette commande faite au sculpteur Alfred Auguste Janniot a pour ambition de mettre en avant la toute puissance coloniale de la France.
Sur la photo ci-dessus, on remarque au centre, au-dessus de la porte d'entrée, l'allégorie de l'Abondance, la France en quelque sorte. À sa gauche figurent les colonies d'Afrique et à sa droite, les colonies d'Asie. Les autre façades représentent l'Océanie et l'Amérique.

Détail de la façade « asiatique » du Palais de la Porte Dorée
Une fois de plus, les personnages sculptés légèrement aplatis correspondent encore en 1931 à des clichés et à une vision très paternaliste du colonialisme. Une fois à l'intérieur, les visiteurs découvrent une autre frise qui exprime le même message colonial.

Construit pour durer, ce musée devient en 1935 « musée de la France d'Outre-mer », puis à l'initiative d'André Malraux, en 1960 (nous sommes alors en pleine décolonisation) « musée des arts africains et océaniens ». En 1990, il devient « musée national des arts d'Afrique et d'Océanie ». En 2003, le musée ferme ses portes en vue de l'ouverture du musée du Quai Branly où ses collections sont rapatriées. Le site abrite également un aquarium avec des espèces tropicales depuis 1931. Depuis 2007, le Palais de la Porte Dorée devient le « musée de l'histoire de l'immigration ». Malgré l’ensemble de son décor qui évoque son passé colonial, le musée tend à se « réconcilier » en mettant en avant les bienfaits de l'immigration.

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