lundi 25 août 2014

Commerces d'hier et d'aujourd'hui : restaurants débits de boissons et autres salons de thé

Pour débuter ce chapitre sur les lieux de restauration ont été regroupés quelques établissements par quartier.

Au cœur des Halles

33, rue du Pont-Neuf, Ier arrondissement.
Au Chien Qui Fume est un restaurant mythique à Paris. Situé dans l'ancien quartier des Halles des grossistes, ce restaurant accueillait autrefois les « forts des Halles ».
Selon son site officiel, ce restaurant aurait été ouvert en 1740 sous la forme d'une simple auberge. Suite aux reconstructions haussmanniennes, le restaurant aurait été rebâti. La base Mérimée précise que la devanture et le décor (y compris l'intérieur) dateraient du dernier quart du XIXe siècle (date de l'immeuble où il est situé).

Détail.


Sur cette photo, on peut lire, en bas « Téléphone central 07-42 ». Selon l'histoire de la numérotation téléphonique en France, c'est dès 1912 que le nom du bureau du rattachement précède 4 chiffres, ici « Central ». On peut donc situer la date de la devanture actuelle au premier quart du XXe siècle.
On verra, par la suite que les écritures dorées sur fond noir constituent le type de décor majeur des années 1900, style qu'on surnommera « Belle époque » ou Art nouveau.
Le site officiel nous apprend qu'en 1920, un nouveau propriétaire aurait exhibé son chien en train de fumer… D'où le nom du restaurant et de ses représentations canines… Les panneaux dateraient au plus tard des années 1920.


38, rue de Montorgueil, Ie arrondissement.
Sur la très fréquentée rue Montorgueil, vous croiserez forcément l'Escargot. Cet établissement a ouvert ses portes en 1875 (contrairement à 1832 qui est affiché sur l'enseigne) par un marchand de vins nommé Bourreau et d'un restaurateur nommé Mignard. La base Mérimée nous informe de travaux de reconstructions autour de 1900. Selon le livre de Dominique Camus, Paris décors. Art nouveau - Art déco…, le décor intérieur daterait du Second Empire où l'on peut admirer des œuvres de Georges Clairin.
Le style d’établissement va encore de pair avec le type de population de l'époque, c'est-à-dire les classes populaires qui consommaient des escargots comme les bourgeois pouvaient consommer des huîtres. Puis en 1890, un certain Lecomte ajoute des huîtres à son menu, la clientèle commence à changer.
C'est en 1919 qu'André Terrail, alors propriétaire de la Tour d'argent, reprend l'établissement.
En 1975, la fille d'André Terrail reprend le restaurant, puis rénove le décor avant de le céder en 2005 à d'autres propriétaires. L'établissement est classé monument historique.

Détail de l'enseigne.


15, rue Montmartre, Ier arrondissement.
Malgré la fermeture sur la photo, ce restaurant existe bel et bien aujourd'hui. Ce restaurant est un autre témoignage du quartier des Halles à l'époque du marché. Au départ appelé Halles-Bar, le singe pèlerin, puis Le Cochon à l'Oreille est situé dans un immeuble datant du XVIIIe siècle depuis les années 1900. Cet établissement est classé monument historique, notamment pour ses panneaux situés à l'intérieur. Selon le livre de Dominique Camus, Paris décors. Art nouveau - Art déco…, ces panneaux évoquent, entre autre, le Paris des Halles avec divers marchands. La base Mérimée nous apprend que Boulenger (que nous aurons l'occasion d'évoquer dans un autre chapitre) et Ringuet sont les maîtres d’œuvre de ces panneaux.


5, rue des Prouvaires, Ier arrondissement.
Il existe d'autres établissements installés depuis plus d'un siècle dans ce quartier comme celui représenté sur la photo ci-dessus. À vous d'arpenter les rues et de les découvrir…

Autour du Marais, de l'Île-Saint-Louis et de la Cité
Autres quartiers, autres types d'établissements.

Nous verrons bien souvent qu'un commerce en cache un autre.

5, rue Charlemagne, au "Village de Saint-Paul", IVe arrondissement.
Sur cette photo, on peut voir qu'une galerie a pris la place d'un ancien bar.


13, rue Michel Le Comte, IIIe arrondissement.
Difficile d'imaginer ce grossiste d'accessoires en restaurant. Et pourtant, la base Mérimée nous informe de son ancienne activité. Il s'agit bien d'un ancien débit de boisson. Sa vitrine est typique du style Restauration - c'est-à-dire entre 1814 et 1830. La porte d'entrée est entourée de deux colonnes de type corinthiennes où sont représentés des feuilles d'acanthes, des têtes de Bacchus et du raisin. Les fenêtres sont ornées d'arcades. Cette devanture est classée monument historique.


7, rue des Rosiers, IVe arrondissement.
La fermeture de l'ancien restaurant-traiteur Goldenberg en 2006 illustre la transformation que subit la capitale depuis quelques années. Les petits commerces sont petit à petit mangés par les boutiques de prêt-à-porter et autres pâtisseries de luxe. Goldenberg était une institution dans la gastronomie d'Europe centrale. Située en plein Pletzl (quartier juif installé depuis le XIIIe siècle à Paris), Goldenberg a dû fermer ses portes en 2006 notamment parce qu'il ne respectait plus les conditions d'hygiène.

Autre boutique située en plein Pletzl en face de l'ancien Goldenberg.
Malgré la volonté des associations de quartier de conserver leur patrimoine culturel, l'ancien restaurant n'a pas échappé à l'ouverture d'une boutique de prêt-à-porter tout comme la boutique juste en face et de nombreuses boutiques du Marais. La fermeture de Goldenberg a beaucoup intéressé la presse à l'époque (il avait été aussi le lieu de « l'attentat de la rue des Rosiers » en 1982). Vous pouvez ainsi consulter notamment l'article de Camille Neveu dans Le Parisien daté du 5 mars 2008.



Mariage Frères, 30, rue du Bourg-Tibourg IVe arrondissement.

Autre institution dans le quartier du Marais : Mariage Frères. Ce commerçant et salon de thé existe depuis 1854. Les boutiques de la rue du Bourg-Tibourg datent de la première moitié du XIXe siècle (source : Wikipedia).


24, rue Chanoinesse, IVe arrondissement.
Les touristes doivent certainement mieux connaître la rue Chanoinesse que les Parisiens ! Dans cette rue, située tout prêt de la cathédrale Notre-Dame, vous tomberez sous le charme de cette devanture fleurie. L'Auberge du Vieux Paris, aujourd'hui restaurant gastronomique, était un ancien débit de boisson. Sa devanture, classée monument historique, date du premier quart du XIXe siècle (source: Base Mérimée). Elle présente une grille bleue, des colonnes ioniques où sont représentés des raisins avec la figure de Bacchus. On remarque également la présence de pommes de pin. Selon le livre de Dominique Camus, Paris décors. Art nouveau - Art déco…, ce symbole nous indique la présence d'un ancien cabaret et/ou d'un ancien débit de boisson. Les devantures à grilles sont typiques d'anciens débits de boisson.

Le quartier Latin

La base Mérimée nous apprend que la devanture date des années 1930 et 1940. Selon le livre de Dominique Camus, Paris décors. Art nouveau - Art déco…, le restaurant se serait installé dans le Quartier Latin dans les années 30.

43, rue de Seine, VIe arrondissement.


Détail de la devanture (classée monument historique).
L'établissement se compose de deux salles dont l'une était un débit de boisson et l'autre une salle de billard comme on peut voir sur la devanture. Par ailleurs, il est rare à Paris de trouver ce type de trace sur les devantures.
Les salles possèdent des panneaux en céramique de style Art déco représentant des scènes de vie d'un café. Ces panneaux auraient été l’œuvre d'une artiste d'Amérique latine dont on ignore l'identité, nous dit le livre de Dominique Camus. D'autres panneaux représentent divers portraits.


26, rue de Seine, VIe arrondissement.
Cette banale galerie d'art de la rue de Seine à pris la place d'un cabaret du XVIIe siècle. L'enseigne est classée monument historique, nous dit la base Mérimée. La devanture est typique de celles des débits de boisson comme on l'a vu précédemment : des grilles avec des colonnes de type plus ou moins corinthiennes, du raisin et ses pommes de pin.

Enseigne de l'ancien Au Petit Maure.
Le site Wikipedia nous précise que l'enseigne de l'ancien cabaret Au Petit Maure, célèbre dès le règne d'Henri IV, demeure au-dessus de la boutique.

Le Centre et l'Est parisien
Angle du 80, rue du Faubourg Poissonnière et du 24, rue des Messageries, Xe arrondissement.

Dans des quartiers plus « populaires », on peut croiser également d'autres établissements assez anciens comme ce restaurant dont la devanture est classée monument historique. On retrouve la devanture typique du débit de boisson du style Restauration : une grille (c'est également le nom du restaurant) avec sa représentation de Bacchus mise en évidence au-dessus des portes d'entrée et des colonnes corinthiennes avec ses feuilles d'acanthes.


1, rue Jules Vallès, XIe arrondissement.
C'est dans un ancien bistrot appelé Au Réveil Matin que la famille Chardenoux a conçu un restaurant typique de la Belle époque en 1909. Le verre gravé est d'origine, nous dit la base Mérimée. Le comptoir en marbre (au centre de la photo) est remarquable. Le zinc n'est plus d'origine — l'original ayant été réquisitionné pendant la guerre. En plus de vendre des apéritifs à 20 centimes et des« vins de Saumur de Vouvray & de Beaujolais », les Chardenoux vendaient un savon minéral qui servait à nettoyer les zincs. Le plafond présente également des moulures et une peinture du ciel. Récemment repris par Cyril Lignac, le restaurant attire une clientèle plus en adéquation avec ce qu'est devenu le quartier aujourd'hui, c'est-à-dire une clientèle plus branchée.
Source: Paris décors. Art nouveau - Art déco… de Dominique Camus.

Les beaux quartiers

16, avenue Victor Hugo, XVIe arrondissement.
Pour clore ce chapitre consacré aux restaurants et tout autres ex-débits de boissons en tous genres, je vous présente Prunier, un pur chef-d’œuvre de l'Art déco.
Cet établissement classé date de 1925. La façade qui évoque les produits de la mer est l’œuvre d'Auguste Labouret. Tout l'intérieur est également classé, nous précise la base Mérimée.
Le livre de Dominique Camus, Paris décor. Art nouveau - Art déco…nous apprend qu'en 1872, un certain Alfred Prunier ouvre un comptoir à huîtres dans le quartier de la Madeleine. Le succès est au rendez-vous. En 1897, le fils Émile Prunier reprend l'affaire et diversifie les fruits de mer : homard, coquillages, clams etc. En 1923, Émile Prunier ouvre une succursale, Prunier Traktir avenue Victor Hugo… Lorsque sa fille reprend le restaurant, un décor entièrement consacré à la mer est conçu. L'établissement appartiendrait à Pierre Bergé et a été restauré en 1993.

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